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12 juillet 2014

Collection W.M. Hunt, Foule

La passion de la collection est stupide. Les collectionneurs doivent être fous. Fous. Foules. Bienvenue dans le cirque à trois pistes de Hunt.

Il m’a fallu bien du temps, au cours de mon activité de collectionneur, pour avoir enfin confiance en mon « il », en ma capacité à me laisser guider par les images et non par la réputation d’un artiste. Et si vous vous en sortez vraiment bien comme collectionneur, à partir d’un moment ce sont les photos qui commencent à vous trouver.

Les collectionneurs ont leurs propres règles. Nous avons toutes sortes de raisons pour lesquelles acquérir des œuvres : parfois, elles sont mûrement réfléchies et parfois elles sont complètement arbitraires. Ces oeuvres sont extraites d’une collection à laquelle je travaille depuis une quinzaine d’années. J’aime ces photographies. Les images de groupes semblent occuper une toute petite place dans l’histoire de la photographie. Même en ne s’intéressant qu’aux photos américaines d’avant 1950, on se retrouve avec un assortiment complètement fou et bien que ces photographes semblent éternels, la plupart d’entre eux ne sont plus là : la relation est à sens unique.

Bandes, clubs, remises de diplômes, parades, meetings, clans, fraternités, assemblées, cérémonies, chorales, foules: on trouve de tout. Le fait qu’il a dû être très difficile de prendre ces photos me frappe. La logistique est délicate. D’abord, vous devez réunir un certain nombre de personnes et il faut que le groupe soit coopératif. Ensuite, il est extrêmement difficile de réunir tout le monde dans le cadre au même moment. Enfin, au-delà de l’intérêt documentaire ou archivistique de ces images, en faire quelque chose d’artistique est un défi esthétique redoutable.

Qui sont ces personnes et pourquoi sont-elles ensemble ? Ces images sont des matrices visuelles d’informations énigmatiques, il existe d’innombrables manières de les déchiffrer. J’aime quand le noir et le blanc s’affrontent en suivant ce qu’on imagine être un modèle unique, exactement comme des notes sur une portée. Pensez à ces images comme à des arpèges visuels. C’est du jazz.

Ceci n’est pas une collection définitive de photographies, mais elles sont amusantes et bizarres, et résonnent en moi. Ces photographies m’ont trouvé, j’aime les posséder et les partager. C’est ça, le plaisir de collectionner.


W. M. Hunt

(Note de l’auteur : ce texte est une adaptation d’un article que j’avais écrit en 2010 pour le Houston Center for Photography.)




Exposition présentée au Palais de l’archevêché, Rencontres d’Arles 2014.