logo
fr en
close post
19 juillet 2015

Congo, Alex Majoli et Paolo Pellegrin aux Rencontres d’Arles 2015

Le photographe est, dans une certaine mesure, le peintre de la lumière. Il arrive cependant qu’il jongle sans cesse avec l’ombre afin d’insuffler à celle‐ci une vie réelle et de nous donner à voir la face cachée de la réalité. C’est ce qui se joue en grande partie dans cette exposition dont le personnage principal est le Congo, mon pays d’origine, que je revisite grâce à Alex Majoli et Paolo Pellegrin. Leur tâche n’était pas facile. Fallait‐il voir le Congo de haut, ou se fondre dans le décor et dans la population afin que celle‐ci vive une existence réelle et s’exprime comme si un objectif n’était pas orienté vers elle ? C’est parce que les photographes se sont détournés de la tentation de la surenchère qu’ils ont réussi à me rendre « étranger » dans mon propre pays et à me dévoiler un autre Congo auquel je ne m’attendais pas. Ils ont au passage évité avec succès les écueils que l’on rencontre le plus souvent lorsqu’un œil occidental se pose sur l’Afrique et privilégie le reportage anthropologique ou le récit de voyage exotique. Alex Majoli et Paolo Pellegrin confirment que la vraie photographie est, au fond, celle qui redonne une existence autonome ou un sens particulier à ce qui nous paraît lointain, voire sans intérêt. La vraie photographie sait composer avec la pudeur sans pour autant s’adonner à l’autocensure. C’est ce juste milieu que l’on ressent dans ce travail. J’imagine d’ailleurs les pérégrinations des photographes, leur quête de l’image adéquate, leurs discussions avec les populations afin de les mettre en confiance. J’imagine aussi que pendant tout le temps que cette entreprise a duré, ils ont dû être des « Congolais » à plein temps, cohabitant avec les habitants, partageant avec eux leurs joies et leurs peines, traversant des rivières en crue, se mêlant à la foule de gamins en délire, sillonnant les rives des affluents ou observant l’endurance des manutentionnaires du fleuve. Le résultat ne trompe pas : l’émotion est présente, et elle est souvent poignante devant les images de certains bâtiments vides et sinistres ou de véhicules vétustes délaissés au bord d’une route, ou encore d’un tronc d’arbre scié par un homme déterminé…

Alain Mabanckou, écrivain

 

Avec le soutien de Cherry Tree Arts Initiatives.

Commissariat et scénographie de l’exposition : Daria Birang.
Photographies : Alex Majoli et Paolo Pellegrin, Cherry Tree Arts Initiatives, 2014.

Publications : Congo. Photographies d’Alex Majoli et Paolo Pellegrin, Cherry Tree Arts Initiatives, 2014 ; Congo. Photographs by Alex Majoli and Paolo Pellegrin, Aperture, 2015.
Tirages réalisés par les artistes.
Encadrements réalisés par La Soaza, Pianello Val Tidone.
Exposition présentée au Magasin électrique,parc des Ateliers.