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25 août 2012

Dorothée Smith, Hear us Marching up Slowly*

Dorothée Smith n’en fait pas mystère : son approche du visible, luministe et sombre à la fois, vaut comme image de l’incertitude des rôles sexués. La question du genre, thématisée depuis plus de vingt ans par la philosophie tient une place non négligeable dans l’élaboration intellectuelle de son oeuvre. Dans son monde parfois traversé par une certaine violence, les visages d’une douceur inexprimable, les yeux perdus, les corps offerts dans les mirages d’une chaude intimité, les tiédeurs de banquise sublimée, en haleine, et les horizons sans vie sont polarisés, comme des aurores magnétiques, par le nouveau mode de défi lancé à la séparation des sexes par le monde actuel.


Il s’agit moins ici de métaphores que de métamorphoses. La torpeur, tour à tour voluptueuse et inquiétante, semble s’y étendre à l’univers entier, faisant signe vers un monde parfois édénique, parfois touché par la froideur du désenchantement. Nous sommes au coeur d’une dissonance postmoderne, ou plus exactement hypermoderne, car tout désir d’émancipation est un désir de « modernité ». Certes, ces oeuvres présentent des valences politiques manifestes : celle de l’identité de genre comme contrainte imposée par la condition biologique du « sexe » (être homme ou femme) ; celle d’un idéal de pleine adhésion à soi-même, capable de surmonter cette servitude par une autre affirmation (se sentir homme ou femme).

Mais ce mouvement d’assomption semble s’accompagner d’une ombre existentielle. Pour notre conception de la conscience, chacun d’entre nous ne doit-il pas être à ses yeux, en partie, un inconnu ? Rivé à l’affirmation de soi, l’individu n’est-il pas précisément exposé à la nostalgie d’une distance à lui-même et ceux ou celles qui s’écartent de la norme, font-ils autre chose que poser de manière plus cruciale que les autres cette question de l’être et du saisissement de soi par soi, qui vaut pour la condition humaine en général ?


Arnaud Claass, Löyly & Sub Limis, monographie, Éditions du Château d’Eau, 2011.

* Hear us Marching up Slowly : Entendez-nous approcher lentement.




Exposition présentée à la Grande Halle, parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.