logo
fr en
close post
23 août 2012

Jean-Louis Tornato, Rencontres d’Arles 2012

Depuis 1996, Tornato développe un travail sur le sommeil à l’aide d’un dispositif automatique de prise de vues, de films infrarouge et de flashes, ne laissant passer, grâce à un film opaque, qu’une lumière invisible à l’oeil nu.

Les 36 vues obtenues, résumé des différents états émotionnels et des cycles de toute une nuit, sont alors visibles séparément ou sous forme de planches contact en petits groupes séquentiels ou synthétisées en une image. Elles captent, au coeur d’un univers qui se dérobe pour tous, l’image de dormeurs, gracieux ou gisants, engloutis sous les draps ou flottant tels les doubles fantomatiques de leur être social.

Tout récemment, certaines de ces photographies sont associées à deux autres séries Limbes et In between (Entre-deux), fruit de ses très nombreux voyages au Japon. Très influencé par la pensée moniste qui imprègne l’inconscient collectif de ce pays, Tornato mélange deux traditions qu’au départ tout oppose : la cosmologie orientale faite de correspondances et d’une parenté substantielle entre chaque chose de ce monde – souffle, esprit et matière – et celle de l’Occident tournée vers une vision plus conflictuelle de l’espace de vie, une perception politique et temporelle de territoires en crise.

Par la métaphore des limbes, ce lieu mythique et redouté où vont les âmes des justes qui errent pour l’éternité – celle des martyrs et des enfants morts prématurément –, la série de vagues qu’il réalise sur des lieux de naufrages ou de guerres (Hiroshima, Arromanches, plages de l’Erica ou de l’Amoco Cadiz etc.) insiste sur la menace qui pèse sur notre planète et l’Histoire faite de drames, sur la mer, vaste liant de nos tragédies, palimpseste sans âge et symbole d’un refoulé collectif.

Les photographies de lieux étranges faits d’ondes et de fumées (In Between) qu’il juxtapose aux visages énigmatiques d’êtres assoupis tentent quant à elles de restituer des perceptions uniques et ces troubles (chute ou apesanteur, dislocation de l’être) qui s’emparent de nous dans les différentes phases de sommeil.



Tirages réalisés par Picto, Paris.

Encadrements réalisés par l’atelier L’Image collée, Montreuil-sous-bois.


Exposition présentée à la Grande Halle, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.