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8 juillet 2013

Miguel Angel Rojas, Image photographique et réalité

J’étais étudiant en art à Bogota, une ville très conservatrice ; j’avais trouvé dans la photographie le moyen d’expression de mon orientation sexuelle. Au milieu des années 1960, j’ai découvert le Faenza et d’autres salles de cinéma en décrépitude où les homosexuels pouvaient se retrouver.

J’y suis allé pendant plusieurs années. Les moments qui j’y ai vécu ont été le moteur de mon travail au début des années 1970 lorsque, armé de mon Pentax, j’ai commencé à les capturer furtivement. C’est seulement des années plus tard que j’ai trouvé dans ces documents fébriles une grande valeur esthétique que j’avais sous-estimée à l’époque.


En 1978, je me suis obstiné à prendre des photographies de l’intérieur très sombre du Faenza. Par prudence, je devais cacher mon appareil photo : je ne pouvais donc pas utiliser de flash, ni cadrer, ni même faire le point. J’avais dissimulé l’appareil dans une valisette qui contenait aussi une petite lampe, un déclencheur et une bonne quantité de pâte à modeler. Assis en retrait du champ d’action, près de l’écran, j’avais compté les sièges et calculé la distance pour pouvoir faire, à l’aide de la lampe, la mise au point sur l’appareil à l’intérieur de la valisette. Mon Pentax était fixé au bras du fauteuil avec la pâte à modeler. Attendant les premiers signes d’activité pour pouvoir déclencher mon appareil, je comptais ensuite jusqu’à 30, lâchais le déclencheur, faisais avancer la pellicule et continuais ainsi à prendre des photos.


Les premiers essais étaient ratés, mais une fois le procédé rodé et plus précis, j’ai travaillé pendant un an et demi avec des objectifs de 50 et de 200 mm. Le travail de développement a lui aussi été expérimental, « forçant » les temps jusqu’à 30 minutes et modifiant la température de 20 à 25°. J’ai ainsi obtenu une centaine d’images de cette période.

Miguel Angel Rojas



Exposition présentée à l’Atelier de Chaudronnerie, parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2013.