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23 août 2012

Pétur Thomsen, Très loin à l’Est, il y a l’Ouest /3

Si Caspar David avait séjourné en Islande, aurait-il peuplé ses paysages de petits bonhommes habillés de rouge avec un casque de la même couleur, de Caterpillar gros comme des jouets d’enfant au 1/43e que l’on trouve dans les photos de Pétur Thomsen. Pourquoi Caspar David ? Parce que Friedrich, le peintre romantique du paysage immense, parce que l’artiste ne traduit pas ce qu’il voit en face de lui mais ce qu’il voit en lui, parce que c’est ce que nous donne à voir Pétur par sa photographie. Mais attention ! Photographies ! Romantiques ! Pourquoi pas ? Chercher Dieu dans la nature, disait Caspar David Friedrich. Pétur Thomsen nous montre le début de l’enfer. Du romantisme industriel. Des photos qui nous amènent vers le sublime mais une nature tachée, lacérée, griffée, rayée, une nature qui devient land art comme des Robert Smithson ou des agencements mal fagotés de Markus Raetz qui deviendraient abstraits. Mais attention, Pétur enquête, il s’informe, il étudie les barrages, les centrales hydroélectriques qui sont en train de défigurer le paysage islandais. Il va sur le chantier, il campe, il a une voiture à chenilles, il peut faire – 30 °, il reste une, deux, trois semaines, il y revient quelques mois plus tard, il rôde avec sa chambre sur l’épaule pour trouver l’angle, la perspective, la ligne, la couleur, Friedrich revisité par Kandinsky qui passionne Pétur. Je ne sais pas si Andréas Gursky a photographié les paysages islandais, je parle de ses superbes photographies avant qu’il ne bascule dans une oeuvre grandiloquente. Grandiloquence, nous dit Clément Rosset : transformer le petit en grand et l’insignifiant en signifiant. Pour dire que Pétur Thomsen a cette capacité de nous donner à voir des oeuvres dont la qualité dépasse peut-être celles du Gursky du début en espérant que la reconnaissance qu’il mérite largement ne l’emporte pas dans cette grandiloquence qui menace tout artiste reconnu.

 

Jean-Luc Amand Fournier, commissaire et enseignant à l’ENSP

 

Exposition présentée à la Grande Halle, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.