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23 juillet 2015

Souvenirs du sphinx, comme une petite histoire de la photographie, Rencontres 2015

COLLECTION WOUTER DERUYTTER

Dans son Histoire naturelle publiée en 77 après J.‐C., Pline l’Ancien regrettait le peu de cas que l’on faisait du sphinx : « Au‐devant des pyramides est le sphinx, plus admirable peut‐être, sur lequel on a gardé le silence. » Longtemps resté à l’ombre des pyramides, le sphinx voit son succès iconographique encouragé par le dessin et la gravure : il prend toute son ampleur avec la photographie.

La collection Wouter Deruytter décline les occurrences imagées de cette sculpture solitaire et monolithique. C’est ainsi que le sphinx se déploie sous des ciels d’albumine, de collodion ou de gélatine. La sculpture monumentale épouse les teintes monochromes des photographies du XIXe qui vont du brun au rose pâle pour se parer de noir et de blanc au XXe siècle.

Témoin de la naissance de l’archéologie et de l’essor du tourisme, le sphinx assiste, immobile, au défilé des voyageurs. De l’explorateur à l’archéologue en passant par l’empereur, les militaires, les groupes, les couples, les familles et aussi les enfants, tous prirent la pose devant le géant de pierre. siégeant sur sa tête, autour de son cou, sur ses flancs, ils forment autant d’ornements de la sculpture à tête humaine. Les points de vue se répètent et se croisent dans ce corpus à une seule variable dont les redites augmentent avec l’arrivée de la carte postale.

Images souvenirs, consultées et partagées, les photographies gardent les traces de leurs manipulations. Leurs altérations rappellent les érosions et les restaurations vécues par la sculpture. Des photographies monumentales – prises par Wouter lui‐même – accompagnent sa collection : elles offrent du sphinx une vision inédite. explorant les abords et l’intérieur du géant à corps de lion, elles nous invitent au cœur de la plus énigmatique des sculptures. Ces images nous disent combien la conscience patrimoniale se déplace d’objet en objet. Après avoir accompagné et documenté l’admiration pour le sphinx, c’est au tour de la photographie elle‐même d’être conservée et offerte à la contemplation.

Luce Lebart

 

Commissaire de l’exposition : Luce Lebart.
Tirages modernes réalisés par Granon Digital, Paris.

Encadrements réalisés par Circad, Paris.

Exposition présentée au musée départemental Arles antique.