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23 juillet 2015

Vernaculaire ! Rencontres d’Arles 2015

TROIS SÉRIES DE LA COLLECTION JEAN-MARIE DONAT

 

Par nature, l’œil du collectionneur est le véritable liant d’images disparates, lesquelles seraient restées des images ignorées, incomprises sans ce regard ayant su patiemment repérer des similitudes, des ressemblances, des affinités. dans certains cas, l’art de la collecte par contiguïté et concordance redouble le mystère de la signification de l’ensemble. Autant deux ou trois images peuvent amuser en raison d’un hasard ou d’une coïncidence dans la thématique ou la manière de procéder, autant un ensemble d’images de provenances très diverses qui montrent trop de similitudes est des plus intrigants et relèverait presque d’un esprit magique, du surnaturel, d’un dessein caché.

Les séries constituées par Jean‐Marie Donat ont en commun – cela parce que ce sont précisément des séries qui répètent, redisent, montrent et représentent des mises en scène banales et simples – de signifier tout autre chose à partir d’un certain seuil quantitatif. Plus les images de la même chose reviennent et s’accumulent, plus les qualités émotionnelles et intellectuelles se modifient fortement, mais toujours du côté de l’inquiétant, du dérangeant, du malaise, du trouble, plongeant toujours plus avant dans le malsain, voire le pathologique. On ne dirait pas cela des collections de timbres, de voitures ou de boîtes de sardines. L’inconfort tient ici aux constituants du matériau photographique, à savoir qu’il est trace d’événements qui ont réellement existé. Le mal‐être du regardeur est d’autant plus accentué que nous avons toujours affaire dans ces photographies à des mises en scène, des poses et des attitudes inventées, donc à des fictions pour une grande partie, mais la juxtaposition de ces images renvoie à un trop de réalité qu’il nous est dès lors difficile de regarder en face.

Jacinto Lageira, professeur en esthétique et en philosophie de l’art à paris 1 panthéon-Sorbonne, critique d’art

 

Publications : BlackFace, TeddyBär, Predator, éditions Innocences.net, 2015.
Encadrements réalisés par Circad, paris.

Exposition présentée à la chapelle de la Charité.