logo
fr en
close post
29 août 2012

Zanele Muholi, So they have eyes to see*

Mon travail est une exploration qui vise à créer / tracer les contours / protéger l’histoire visuelle des lesbiennes et queer noir-africains (LGBTI : lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes) après l’Apartheid, en Afrique du Sud. J’étudie la façon dont les activistes – socialement, culturellement, politiquement et économiquement marginalisés – peuvent utiliser les images pour créer des espaces de résistances et développer leur regard critique.

 

Cet ensemble de photographies comprend quatre séries produites sur plusieurs années, dans différents townships sud-africains et leurs banlieues. Dans Beulahs et Transfigures, on retrouve Ms D’vine (2007), Martin Machapa (2007), Christina Mavuma & Tinky (2010). Ces deux séries créent une distinction rapide entre l’orientation sexuelle et la façon dont le genre s’exprime. Elles explicitent la manière dont, chez les transsexuels, le corps doit réclamer son propre espace et exprimer sa propre perception du genre, au sein des homos queer comme des sphères hétéro sexistes, car elles ont tendance à exclure les T et les I de l’acronyme LGBTI.

Dans la série Faces & Phases (Visages et phases), réalisée entre 2007 et aujourd’hui, j’essaie de montrer, au travers de portraits, les valeurs esthétiques montantes au sein des groupes lesbiens noirs sud-africains. Il n’existe que peu d’images positives de nous dans les archives féministes ou queer. Faces évoquent les personnes et Phases symbolise la transition entre un premier stade de la sexualité et de l’expression du genre vers un second. Dans Faces & Phases, je photographie plusieurs personnes qui ont eu à subir des attaques lesbiano-phobiques. L’une des expériences les plus douloureuses auxquelles notre communauté fait face est la perte de certains de nos amis ou de nos connaissances – victimes de la haine et la discrimination de certains –, aujourd’hui malades ou décédés.

L’homophobie / la queerphobie / la transphobie / la xénophobie et les crimes de ce type ont rendu notre parole inaudible. Dans Isilumo Siyaluma (2006-12), j’ai voulu insister sur la recrudescence de crimes en Afrique du Sud – ‘viols à vertue curative’ comme meurtres violents –, rappelant que de nombreux noirs, lesbiennes, gay ou trans vivent dans les townships. Dans ces séries, j’ai dessiné des motifs avec mon sang menstruel pour exprimer la peur ressentie et les meurtres commis sur mes amis, connaissances, amants, et compagnons de militantisme, tous perpétrés de sang-froid.

 

Zanele Muholi

 

* So they have eyes to see : ils ont des yeux pour voir

 

Artiste présentée par John Fleetwood pour le Prix Découverte. 

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.