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27 août 2007

Anay Mann, A propos de Neetika

Anay Mann à 17 ans lorsqu’en 1991 l’économie indienne s’ouvre au reste du monde. À la suite de ses ami(e)s, il s’engouffre avec toute son énergie dans la brèche de la modernité. Sans complexe vis-à-vis de la culture télévisuelle globale et parfaitement à l’aise dans son environnement familial traditionnel, cette « génération en transition »1 dont il fait partie surfe sur la vague des changements profonds que connaît le pays : ces jeunes en sont à la fois le moteur et le carburant. Fasciné de voir à quel point sa vie est différente des clichés habituels de son pays, Anay Mann, ancien mannequin de mode, traverse alors le miroir et se lance dans la photographie. Il est un des premiers à révéler qu’une « Vie Moderne » existe en Inde. Pleine de promesses, sans doute, mais déjà trouble. Lovés au cur de la maison familiale où se croisent trois générations, Anay Mann et Neetika vont, cinq années durant, analyser et mettre au jour la vie quotidienne de leur jeune couple, soulevant encore un peu plus le couvercle sur cette génération. Grâce à cette impressionnante complicité, Anay et Neetika vont pouvoir mettre en scène des images simples, minutieuses qui décrivent leur monde familier… trop familier. Que se cache-t-il donc derrière le dévoilement de ces banals tableaux de vie ?

Cette question donne tout son poids aux images d’Anay Mann.

Évoluant dans une maison qu’on imagine étrangement silencieuse, et utilisant le visage de Neetika pour refléter les questions qui habitent ce « Couple Idéal », Anay Mann et sa femme échafaudent avec pudeur et minutie une théorie possible sur la vie du couple moderne indien. Et quand on l’interroge, il dit de Neetika qu’elle pose devant son objectif avec un air « délibérément détaché ».


Alain Willaume




A PROPOS DE NEETIKA

Cela fait maintenant 13 ans que je vis avec Neetika. C’est la seule femme que j’ai jamais connu. Elle a déjà tenu plusieurs rôles : étudiante discrète, professionnelle indépendante et pleine d’ambition, et à présent mère de famille. Lorsque j’ai été comme mannequin à Mumbai, elle était styliste de mode. Quand j’ai arrêté ce métier pour me lancer dans la photographie, elle a dû subvenir seule à nos besoins, quitte, souvent, à travailler jusqu’à une heure avancée de la nuit. Après notre déménagement à Delhi, quand ma carrière photographique a démarré, elle a arrêté son travail pour devenir mère de famille.

Nous avons vécu tous ces changements de rôles sans trop de heurts. À ce jour, j’ai passé autant d’années à poser devant l’objectif qu’à prendre des photos. Dans le même temps, après avoir habillé des mannequins qui posaient pour des photographes, c’est Neetika à présent qui pose pour moi avec aisance. Depuis six ans, notre histoire commune nourrit cette uvre : mon exploration de sa conscience innée de femme, d’Indienne et de citadine.

Mes images sont enracinées dans la réalité quotidienne de notre vie commune. Bien que mise en scène, cette série est le fruit de nos efforts conjoints de représentation de nos rituels domestiques. Depuis la naissance de mon fils, notre engagement a pris une autre dimension et lui aussi participe à la mise en scène de notre réalité. Neetika assume ses poses avec un détachement délibéré. Ce sont mes portraits de famille, les tableaux de notre vie commune.


Anay Mann

1. En 2001, Anay Mann réalise son premier travail, Generation in Transition, série d’images en noir et blanc sur les jeunes adolescents urbains.



Alain Willaume, commissaire du programme India avec Devika Daulet-Singh.




Exposition organisée en collaboration avec Photoink, avec le soutien de HP. Tirages de l’exposition réalisés par Dupon Digital Lab.

Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.