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24 août 2005

Annet Van Der Voort, Métamorphoses

Les images qui disent l’invisible


Chaque jour cette performance secrète se joue derrière la porte close des salles de bains du monde entier, cette transition du privé au public, de la vulnérabilité totale à la capacité à se battre, de l’innocence au mondain.

Il s’agit là de quelque chose de fondamentalement féminin, de mystérieux, de profondément intime et, surtout, d’inné – de quelque chose qui ne s’enseigne ni s’apprend : l’enjeu de se faire belle, de forger son image, de se créer – ou presque – une identité à partir d’une représentation idéalisée de soi.

Mais qui suis-je donc ? Moi ? Moi !

Pouvoir du masque, plaisir du déguisement, jeu des possibilités. Souligner pour cacher. Aller au plus profond des choses. Une mise en scène en cachette, avec, pour véritable interlocuteur, la surface patiente du miroir, qui révèle, qui permet tout, qui n’interdit rien. Toute femme à tout âge maîtrise ce dialogue intuitif avec son image, s’y livrant parfois avec délectation, parfois avec frustration. Jamais femme n’est plus pleinement elle-même qu’ici. Et pour saisir en images les étapes de cette transformation parfois si merveilleuse, en conjuguant une précision impitoyable et l’ironie indispensable, il faut être femme, non ?

En 2003-2004, la photographe néerlandaise Annet van der Voort crée le portrait de huit femmes âgées de huit à quatre-vingt ans. La première image se fait systématiquement au réveil, la dernière juste avant le départ du sujet de la maison : laps de temps pendant lequel, partout et tous les jours, s’effectuent un nombre incalculable de métamorphoses analogues – un cycle qui reprendra infailliblement le lendemain.




Exposition réalisée avec la collaboration de Regina Maria Anzenberger.

Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Rencontres d’Arles 2005.