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21 juillet 2002

Antonio Biasiucci, Vaches

Feux follets, souffles chauds, esprits errants entre l’ombre et la lumière, pierres tombales noires, souvenirs d’une autre vie, cet animal qui résiste à la décomposition et à la mort, grâce au travail sur la mémoire qu’impose l’artiste au spectateur. Avec Vaches d’Antonio Biasiucci c’est un paysage qui s’ouvre et non une exposition. A l’intérieur de la salle, nous plongeons dans une sorte de nécropole obscure et mystérieuse, où l’antique corps de la vache, découpé, exploité, mangé depuis des siècles, se recompose dans la chair d’une vision obscure et douloureuse. Le cimetière des vaches de Biasiucci est un lieu de piété où, dans l’obscurité, se perd le regard humain dévié de ses besoins irraisonnés et voraces, pour se tourner vers la profondeur immuable et ténébreuse d’où tout provient et où tout retourne. Dans le fond, Antonio Biasiucci, photographe napolitain, a commencé ici, à partir de la découverte et de la conscience d’une obscurité ontologique, son voyage à rebours dans la photographie. 

Dés ses débuts, à l’aube des années 1980, en concentrant son regard sur les zones arriérées du monde (des campagnes de Campani à la périphérie napolitaine, des étables aux volcans); Biasiucci a développe un long parcours qui l’a conduit à explorer les frontières inhabitées et inhabitables du monde. 

Ses images ne sont ni une sociologie, ni une métaphysique du quotidien, plutôt une infatigable et interminable tentative de réorganiser le monde selon une cosmogonie mélancolique. Dehors, ce ne sont qu’apparences trompeuses, laquées, traversées par la lumière d’une raison aveuglante et obstinée. A l’intérieur, dans la caverne sombre, dans la gueule effrayante du volcan, dans le chaud et énorme vagin de la vache, le lent et incessant tourbillon de la production et de la transformation de la matière, aux volumes et aux formes changeants, mélange les mêmes éléments. La photographie de Biasiucci raconte toujours cela: la mise en lumière de ce qui s’estompe dans l’ombre et se perd dans les ténèbres. 

Conceptuellement, Vaches est devenue une installation, un environnement donc, dans lequel la photographie interfère avec les autres éléments linguistiques de l’œuvre (poids et volume des cadres, dislocation dans l’espace, lumières) selon la scansion d’une mesure géométrique. Les photographies sont des détails, des fragments visuels, difficilement assimilables par le regard. L’image globale, la seule image perceptible avec clarté, est le rythme sériel qui orienter et qui dirige le parcours du spectateur. Que peut être un paysage qui ne se montre qu’à quelque chose d’invisible, tout à la fois impossible à contenir dans un cadrage et, en même temps, tellement rigoureusement arrangé, découpé, calculé. Dans Vaches, Biasiucci dépose une foule d’images sur le sol, refusant le concept même de frontalité d’une exposition. 


Extrait du texte de présentation de l’exposition.

Eduardo Cicelyn.

 


Commissaire de l’exposition: Alessandra Mauro.



Exposition présentée au Cloître Saint Trophime, Rencontres d’Arles 2002.