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22 août 2005

Barry Frydlender à Arles

Pour le photographe israélien Barry Frydlender, 50 ans, plus ses images trafiquées collent à l’esthétique du documentaire, plus elles sont intrigantes. Dans « The Fourth Dimension » (« La quatrième dimension »), son exposition de l’automne dernier à la Andrea Meislin Gallery de Chelsea, New York, Frydlender proposa 14 images panoramiques, dont certaines frisaient les 3 mètres de long et ressemblaient toutes au premier abord à des exemples-type de photojournalisme : une manifestation pour la paix en Israël, une descente de police sur un immeuble, des hommes jouant aux cartes dans un café de Jérusalem-Est, une plage grouillante de monde sur la côte méditerranéenne, des gamins jouant au foot au Sinaï…

Cependant, en regardant de plus près, le spectateur se rend compte qu’en réalité, il est devant une série d’images faites à quelques secondes ou quelques minutes, voire quelques semaines d’intervalle, pour être ensuite superposées les unes aux autres à l’aide du logiciel Photoshop. La présence répétée de certains personnages ou de certaines parties des scènes – ou bien, comme dans Allenby Rothschild, de perspectives impossibles – suggère l’écoulement du temps. Une stratégie qui, comme l’espère Frydlender, tend à « détruire la notion de l’image photographique en tant que “moment unique” ». Le plus souvent il en résulte une image foisonnante qui conjugue l’énergie nerveuse d’un Garry Winogrand et la solennité théâtrale d’un Jeff Wall. « Je m’efforce, » dit Frydlender, « de créer des images sans aspérités, mais il reste systématiquement quelques petits clins d’œil pour montrer au spectateur qu’il s’agit d’une photo trafiquée. »

À l’aide de Photoshop donc, il souligne le drame de son pays : n’importe quel endroit peut être surchargé dramatiquement par la présence ou la trace d’êtres humains. L’Histoire reste un terrain délicat en Israël : un paradis pour l’archéologue, des sables mouvants pour l’homme politique. Grouillant de monde, ses images offrent parfois des tracés chronologiques susceptibles d’être lus à la fois de droite à gauche – comme l’hébreu – ou de gauche à droite – comme l’anglais. « Chaque image, » déclare-t-il, « comporte une histoire cachée. » Photographe depuis l’âge de 15 ans, Frydlender qualifie l’appareil photo d’ « ordinateur originel, parce qu’il sert à traiter rapidement une énorme quantité d’informations. »

En 1992 il a entreprit la numérisation de sa banque de négatifs, pour ensuite présenter ses images composites à la Biennale de São Paulo en 1994. L’avènement au milieu des années 90 de Photoshop Layers et Photoshop History – éléments qui permettent à l’utilisateur une grande souplesse dans les domaines du masquage et de la superposition de détails tirés d’images multiples – l’a conduit, depuis 2000, à travailler exclusivement avec le numérique. D’après lui, la nouvelle technologie rendra bientôt « préhistorique » la totalité des images précédentes : « La photographie classique était déjà une source tarie vers 1970, d’où la tendance vidéo chez les artistes de cette décennie-là et, par la suite, l’autocritique des années 80. »

Texte extrait de l’article « Reality Bytes », Artnews (février 2005) de Richard B. Woodward, critique d’art (New York).




Exposition présentée à l’église Sainte-Anne, Rencontres d’Arles 2005.