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13 juillet 2009

Brian Griffin, Rétrospective

La photographie est entrée dans ma vie en 1966, alors que je travaillais dans une usine qui fabriquait des tapis roulants dans le Black Country, une zone près de Birmingham. Le contremaître m’a suggéré de m’inscrire au club photo voisin. J’ignore tout à fait pourquoi il m’a parlé de ça. Pour être honnête, je n’étais pas profondément intéressé – mais je me suis inscrit au club photo et j’ai acheté mon premier appareil. Ce n’est qu’en 1969, lorsque je travaillais dans un bureau à Birmingham en tant qu’ingénieur spécialisé dans le nucléaire que la photographie a pris une nouvelle tournure dans ma vie. Ma petite amie de l’époque m’a soudain quitté et je me suis retrouvé seul et dévasté. Ma vie est alors devenue vide et je me suis mis à en détester tous les aspects. Pris de panique, j’ai envoyé ma candidature à des universités pour me plonger à plein temps dans l’étude de la photographie.

Cette discipline m’apparaissait alors comme l’unique échappatoire dont je disposais. Je ne sais pas pourquoi mais, dans mon désespoir, j’avais confiance en moi. Pourtant, les images que j’avais prises jusqu’à ce moment étaient épouvantables : elles ne faisaient pas preuve d’un grand talent, mais trahissaient plutôt un désintérêt partiel pour le sujet.

Le Manchester College of Art & Design a été la seule université qui m’a accepté. À la fin des années 1960, la photographie n’était pas une discipline très à la mode en Angleterre. Dans l’ensemble, les cours et les professeurs – tous des anciens de la Royal Air Force – étaient affreux, mais j’ai beaucoup apprécié le fait de quitter la maison pour la première fois de ma vie. C’est surtout grâce à la bibliothèque de l’université que je me suis instruit. Au bout de trois ans, mes connaissances en photographie étaient plutôt minces, mais j’étais devenu un jeune homme capable de se débrouiller tout seul. J’ai eu mon diplôme en 1972. J’ai passé les huit mois suivants à travailler dans la sidérurgie afin de gagner un peu d’argent, avec l’ambition de devenir photographe professionnel à Londres. Toutes les illusions de réussite que j’entretenais ont été mises à l’épreuve et presque brisées jusqu’au moment où, désespéré, presque au point d’abandonner, après trois ou quatre mois à marcher à travers Londres de long en large, j’ai rencontré Roland Schenk, le directeur artistique du magazine Management Today, qui à mon grand étonnement m’a proposé un travail sur-le-champ. J’apprendrais par la suite que, comme moi, Roland croit à la règle que la réussite n’arrive qu’à la suite d’un total échec. Il m’a forcé à devenir un bon photographe en me terrorisant psychologiquement, jusqu’à ce que je sois capable de produire quelque chose d’intéressant avec un sujet somme toute ennuyeux. Je passais mon temps à photographier des gens dans des bureaux, un environnement que j’avais quitté trois ans plus tôt, en plein désespoir. C’était bien le style de photographie qui m’intéressait le moins, mais c’était ma seule chance. Il faut aussi noter qu’au début des années 1970 ce style de photographie n’était vraiment pas à la mode. Roland, suisse et artiste, m’a aidé à chercher mon inspiration, ma voie. Après deux ans de recherche, je l’ai trouvée : un mélange d’expressionnisme allemand, de films noirs, de musique, de Franz Kafka et de réalisme social soviétique. Sans doute parce qu’à un niveau visuel et sonore, ces éléments me rappelaient mon enfance dans le Black Country des années 1950. J’ai commencé à voir les sujets que je photographiais comme ceux de ma propre scène théâtrale. Le théâtre de mon imagination. Cela me ravissait d’imaginer tous ces directeurs et ces comptables comme des acteurs dans des pièces de théâtre, avec leurs bureaux en guise de décor.

C’est en 1976 que j’estime avoir pris ma première bonne photo – des travailleurs londoniens dans la City, intitulée Rush Hour London Bridge, en référence à Metropolis de Fritz Lang. Ce jour-là, j’ai enfin pu respirer : je savais que je pouvais devenir un véritable photographe.

Brian Griffin, 28 décembre 2008.


Exposition projetée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2009.