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13 juillet 2009

Brian Griffin, L’Équipe, les gens qui ont construit le tunnel sous la Manche

Comment représenter l’échelle monumentale du plus grand projet de construction britannique ? La construction de High Speed 1, ce nouveau tunnel pour la ligne ferroviaire à grande vitesse qui va jusqu’au terminus grandiose de St Pancras International a été abondamment documentée à chacune de ses étapes. Mais Greg Horton, le directeur artistique et consultant créatif pour London & Continental Railways (LCR) a pensé qu’une entreprise aussi gigantesque méritait des images plus fortes.

Or, il connaissait un photographe qui avait déjà travaillé sur des projets monumentaux, quelqu’un qui pouvait apporter une touche d’héroïsme aux milliers d’ouvriers impliqués dans les neuf années de construction de HS1. De sa série Work sur le chantier de Broadgate à Londres dans les années 1980 jusqu’à The Water People, une commande récente de Reykjavik Energy sur la remarquable structure géothermale islandaise – tous deux publiés sous forme de livres – Brian Griffin s’est forgé une renommée internationale pour son approche non conventionnelle du portrait institutionnel, en employant des éclairages complexes et, souvent, en introduisant un élément surréaliste dans ses images. C’était un pari risqué pour les membres de LCR mais, après avoir vu les photographies impressionnantes des ouvriers en train de construire la « Stratford Box » (une boîte souterraine contenant les plates-formes de la gare internationale de Stratford), ils étaient d’accord avec Horton. Griffin photographie les ouvriers de St Pancras dans un studio de fortune installé sur un parking, leur donnant une attitude courageuse, vaillante, grâce à son éternel éclairage directionnel, un noir et blanc classique et des poses formelles rappelant le style constructiviste russe. Sans nul doute sauvé par une parution primée dans le Sunday Times Magazine, LCR donne le feu vert à Horton de poursuivre le projet, ce qui va mener à la plus importante oeuvre photographique institutionnelle depuis, selon Griffin, l’Exposition universelle de 1851.

Alors que les ouvriers sont représentés comme des héros, les managers – les cerveaux derrière ce projet faramineux – sont montrés sous un jour plus contemplatif, dans des cadrages cinématographiques, prenant des décisions au milieu de la nuée d’Algeco du chantier de St Pancras. Dans les images de groupe, les équipes dirigeantes reçoivent un traitement plus pictural, à la façon des mécènes du XVIIe siècle, comme s’ils posaient pour un portrait de Frans Hals, le regard figé dans l’espace. Quant aux ingénieurs américains, ils apparaissent dans de petits récits mystérieux, quelque peu surréalistes – des énigmes à déchiffrer. Il s’agit en tout et pour tout d’un travail de commande non-conformiste typique de Griffin, dont l’engagement artistique et l’approche complexe du sujet ont donné naissance à l’uvre qu’un tel triomphe d’ingénierie méritait.


Simon Bainbridge, rédacteur en chef du British Journal of Photography, Londres.


Exposition présentée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2009 .