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13 juillet 2009

Brian Griffin, Le peuple de l’eau

Pour peu qu’on connaisse les portraits de Brian Griffin, l’exposition The Water People peut surprendre. En effet, elle n’est composée qu’à moitié de portraits, et seule une poignée obéit à son style noir habituel. Les autres portraits sont des images abstraites, photographiées au travers de l’eau ; d’autres sont de magnifiques paysages dépouillés d’Islande. Griffin est marié à une Islandaise, Brynja Sverrisdottir, mais il nous dit avoir photographié l’île sur une commande de Reykjavik Energy, une société d’énergie géothermale. «Cela me plaît d’avoir une commande et puis de trouver le moyen d’y répondre », dit-il. La commande originale était simplement de « représenter l’eau » et Griffin était libre de l’interpréter comme il l’entendait. Mais sa réponse très particulière au sujet allait en étonner plus d’un : il s’agit d’une recherche photographique des « gens de l’eau ». « Il y a des années, j’ai inventé une machine qui faisait couler de l’eau sur une plaque de verre, que j’installais devant mes modèles, explique-t-il. Lorsqu’on m’a commandé ce travail, je me suis souvenu de cette machine et j’ai demandé à Reykjavik Energy de m’en construire une nouvelle. J’ai installé un studio dans leurs bureaux et j’ai photographié toutes sortes de gens, de la mère de Björk jusqu’aux employés de la société. J’aimais beaucoup les yeux de poisson que cela créait. « Je me suis ensuite demandé où pourraient habiter ces gens de l’eau. J’avais également en tête le Voyage au centre de la terre de Jules Verne. Les cascades, l’eau me rappelaient les cavernes souterraines du livre : voilà certainement où les gens de l’eau se trouvent. » Et Griffin de poursuivre ce thème : on retrouve au début de l’exposition les images des « pilotes » qui l’emmènent voir les gens de l’eau, et le siège de Reykjavik Energy est représenté comme le lieu secret où se retrouvent ces pilotes. Malgré une approche excentrique, les photographies stupéfiantes qui en résultent ont pu être utilisées par Reykjavik Energy dans leurs documents institutionnels. Après tout, Griffin, qui a débuté dans la photographie institutionnelle chez Management Today, maîtrise depuis longtemps l’art d’obtenir un soutien financier pour ses projets ésotériques.

 

Diane Smyth, rédactrice adjointe du British Journal of Photography, Londres.

 

Exposition présentée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2009.