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17 août 2006

Bruno Serralongue et Philippe Durand, Contrepoint 2

Bruno Serralongue travaille sur et avec le monde actuel : il s’intéresse à la politique, aux phénomènes de  société, aux rassemblements autour d’événements sociaux, culturels ou sportifs. Il documente, rapporte, mais toujours en faisant un pas de côté, en se plaçant du côté du regardeur, choisissant la position de l’artiste de préférence à la place du journaliste.

Ce positionnement dans l’espace de l’événement, Bruno Serralongue le choisit avec beaucoup de soin, y compris du point de vue physique ; la place du trépied, et celle de la chambre, est déterminée par l’analyse que, de manière anticipée, il produit sur la façon dont va se dérouler l’événement. Ainsi crée-t-il à son égard, un rapport de mise à distance, la mission qu’il se donne n’étant pas de le « couvrir » mais de déconstruire l’autorité affirmative qui découle d’une image tributaire d’un point de vue unique et de la subjectivité du photographe. L’attention portée à la prise de vue de chaque série d’images est pour lui la condition d’une ouverture frayant la voie à de possibles interrogations.


Philippe Durand a des préoccupations comparables : à celui ou à celle qui regarde ses photographies, il est proposé de regarder autrement ce qu’il ou elle aurait tendance à voir en passant. Il ne s’agit pas de faire valoir une « belle» image mais plutôt de se demander pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre, pourquoi le choix de tel sujet ou objet et des significations qui s’y attachent plutôt qu’un autre avec sa propre constellation de significations. C’est la société contemporaine qu’il interroge ainsi, dans le droit-fil d’une tradition déjà ancienne mais qu’il faut toujours renouveler afin de redonner, contre la standardisation et la consommation, toutes leurs chances au ludique, au poétique, et au politique . A Cuba, il a photographié des grillages avec mise au point sur leur trame, celle de la séparation entre deux espaces ; on se demande si le regardeur est enfermé ou s’il regarde ce qui est enfermé. Ce qui, à Cuba, n’est pas sans importance.

Ces deux artistes tiennent le regardeur pour un interlocuteur. Leurs images sont tissées de questionnements adressés aux faits, aux signes et aux gestes qu’ils rapportent. Les images des journalistes à travers lesquelles nous est quotidiennement présentée l’actualité se tiennent généralement du côté d’un pouvoir ; les images des artistes, même lorsqu’elles témoignent, laissent ouvert un espace de liberté, préservent une distance à l’égard de ce qui est vu, puis montré. Bruno Serralongue et Philippe Durand nous invitent à un arrêt, un temps de pause, au creux duquel peut s’infiltrer la réflexion.


Dans cette exposition Philippe Durand et Bruno Serralongue dialoguent. Dans une série intitulée «RTT» Philippe Durand présente des pédalos, entièrement  bâchés, sur le lac d’Annecy ; Bruno Serralongue, pour sa part présente des photographies d’un groupe de travailleurs, des cantonniers, en Chine.


Exposition présentée par L’École Nationale supérieure de la Photographie d’Arles.

Exposition présentée à la Galerie Aréna, Rencontres d’Arles 2006.