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26 août 2007

Cat Tuong Nguyen, Homunkulus, Feux d’artifices et peintures à l’huile

Si on lui demande sa profession, Cat Tuong Nguyen répond : « artiste ». Et bien qu’il prouve depuis des années sa maîtrise dans les domaines classiques de la photographie, comme le portrait et le paysage, autant que dans la photographie de mode et de reportage, Cat Tuong Nguyen prend de temps en temps plaisir à faire sauter les limites du médium.

C’est en 2004/2005 que Cat Tuong Nguyen se met à tout faire sauter. Il bricole des scénarios miniatures dans lesquels il allume des pétards et photographie l’instant de l’explosion.


C’est ainsi que l’artiste fait ses adieux à ses images d’une beauté intemporelle et prend position pour la première fois face aux événements internationaux : de manière concrète avec Ground Zero ou Requiem, de manière abstraite avec Grand Jury ou Sexbomb.

Tout comme l’explosion est minutieusement placée, le titre – souvent très allusif – fait partie intégrante de l’uvre et l’enrichit. Avec les images d’explosion, Cat Tuong Nguyen a déjà dépassé la photographie classique et, en bricolant les Teatrini, il se rapproche de l’installation. Sa décision de construire d’immenses installations apparaît très cohérente.

Les explosions jouent également un rôle important. Elles permettent au mouvement de surgir dans l’image – alors que c’est un élément qui manquait jusqu’alors à Cat Tuong Nguyen dans ses travaux photographiques.

Ce qui surprend avant tout est le mélange des matériaux et des objets : des photographies plus anciennes de l’artiste, des copies de livres et de magazines, des objets d’origines et de fonctions divers, comme des plantes, des miroirs et des cartons, des ustensiles techniques, des jouets d’enfants ou des feux d’artifice. Différentes sources de lumière en combinaison avec les explosions créent une ambiance surréelle qui oscille entre une atmosphère chaleureuse et sécurisante et un éblouissement apocalyptique (Ressac, Feu d’Enfer). Ces images ne sont plus un commentaire direct d’un événement politique précis et réel, elles ont plutôt comme but d’éveiller certaines ambiances et associations multiples chez le spectateur.

Cat Tuong Nguyen ressent alors la forte envie de créer de « véritables images » et non plus des « reproductions ». C’est ainsi qu’il se dirige vers la peinture. Pourtant, il ne renonce pas complètement à la photographie : l’artiste intègre sous forme de collages à ses peintures à l’huile des copies de photographies, d’estampes ou de dessins trouvés. Il applique partiellement la technique du recouvrement à ces éléments, et les rend presque méconnaissables, il range ainsi la photographie derrière la peinture.

Des membres et des organes épars du corps humain sont fortement présents dans ces collages. Ils apparaissent en tant que figurines sur la scène d’un théâtre macabre du monde. Dans ses thématiques, Cat Tuong Nguyen s’intéresse depuis longtemps au rôle de l’être humain dans notre monde complexe, qu’il assimile au fonctionnement d’un jeu de mikado : la prise d’une tige a forcément des conséquences, positives ou négatives, sur la suite de la partie. En tant que miroirs de notre situation quotidienne, les images tentent de dépister le comportement de l’Homme, sa vie et sa survie.

« J’aimerais prendre d’avantage position, exprimer ce qui se passe dans le monde. Nous vivons une époque très mouvementée, riche en événements, le pire comme le meilleur. Vivre à une telle époque est passionnant, mais il est aussi important d’intégrer la réalité et de manifester son opinion. Il me semble difficile de produire aujourd’hui une belle image. » Extrait de l’interview de Cat Tuong Nguyen par Nanni Baltzer, Zurich, 4 mai 2005.

Nanni Baltzer



Exposition réalisée avec le soutien de Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture.

Artiste proposé par Thomas Weski.

Exposition présentée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.