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7 août 2008

Charles Fréger, Empire 2004-2007

« Après ses joueurs de water-polo ou ses majorettes ni tout à fait pareils, ni tout à fait « autres », le défilé posément hiératique de ses récents gardes européens. »

Christian Lacroix



Avec ses Portraits photographiques et uniformes, Charles Fréger poursuit, depuis 1999, une sorte d’inventaire informel des tenues consacrées par différents groupes sociaux qu’ils soient sportifs, apprentis, étudiants, militaires ou simplement pairs et amis. C’est dans ce cadre que, à partir de 2004 avec les emblématiques grenadiers de la garde royale britannique à Wellington Barracks, il commence la série Empire où, jusqu’en 2007, il s’intéresse au florilège que constituent les uniformes des gardes royales et princières (Norvège, Angleterre, Suède, Espagne, Monaco, etc.), républicaines (Portugal, France, Grèce, San Marino, etc.) ou pontificales d’une bonne partie de l’Europe. Ce projet, par son ampleur et par son ambition, marque une forme d’aboutissement dans le travail de Charles Fréger : quoi de plus photographique et uniforme que cette encyclopédie de tenues militaires directement issue des batailles de l’Europe napoléonienne, dont la symbolique évoque l’apparat et le protocole d’un ordre ancien propre aux XVIIIe et XIXe siècles ?

Si Charles Fréger s’est particulièrement intéressé à ces uniformes c’est qu’ils représentent la quintessence de son travail : ces tenues sont magnifiques et prestigieuses puisque ces régiments forment des élites assurant la protection des puissants ; un protocole impeccable et soutenu règle la présentation des uniformes, et le protocole de prise de vue semble répondre à ce souci de précision et de perfection par des poses apportant cependant aussi leur écho singulier. Il n’est pas anodin ici que l’artiste cherche à confronter la symbolique et le poids historique véhiculés par ces tenues avec l’attitude et les poses de jeunes gens dont la distinction et les singularités nourrissent chacun des portraits. Cette dialectique qui lie protocole et socialisation, apparat et individualité, trouve avec Empire, après notamment Majorettes en 2002, les lutteurs de sumo de Rikishi en 2003 et les jeunes acteurs de l’Opéra de Pékin en 2005, toute sa justification tant l’accumulation ciblée des visages, des vêtements, des poses et des décors, constitue au final autant d’inventaires subjectifs et poétiques de notre humaine condition.

Didier Mouchel, chef de projet de la Mission Photo du Pôle Image Haute-Normandie.

 

Tirages réalisés par le laboratoire Central Color.

Exposition présentée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2008.