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10 août 2008

D’Arles à la Maison Lacroix

Il fallait qu’Arles soit au coeur de ces 39e Rencontres, au coeur battant de la ville, à l’Archevêché. Je ne suis pas assez dans le secret des dieux pour pouvoir remonter avec pertinence les fils qui font de cette ville une des héritières de Talbot, Niepce & Cie. Je ne saurais pas non plus être ce lecteur d’un magnétoscope idéal et « rewinder » ainsi le film de cette idylle qui doit garder ses mystères. Simplement j’ai souhaité amasser là le butin personnel et local, sinon intime, les vestiges ou témoignages plus ou moins vifs de cette étoffe tissée des autres pour mieux devenir mienne. C’est un miroir tendu à la ville et à chaque Arlésien, un rétroviseur sur le passé mais aussi un face-à-main sur le présent qui s’adresse à moi par la même occasion. Comme un banquet à partager, modeste et glorieux, humble et fastueux. Car le moindre des charmes « Arlaten » n’est pas cette proximité en perpétuel va-et-vient (qui peut se révéler un peu trop parisien et pour les initiés uniquement) tout à la fois rustique et royal. Il me fallait remonter le cours de ces impressions premières, des photos de famille, de presse ou de studio. Se faire l’écho des activités et des industries souvent évanouies qui employaient et nourrissaient nos parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Avec le constat fataliste que de tant de bruits, d’ardeur et de sueur, il ne reste absolument plus rien. Grâce à Françoise Riss et toute l’équipe, j’ai pu voir exhumés ou ressuscités des images inconnues ou des clichés dont je me doutais tandis que d’autres ne survivront que dans ma mémoire.

Ces post-daguerréotypes signés Marcheteau ou ces photos de Max Erher, etc., qui ne remonteront peut-être jamais. Il importe de se souvenir des visages, de la physionomie de la ville aussi, lacérés par les bombardements d’août 44. Bref, pendant un été il convient d’éditer l’album-journal d’Arles, celui de ces pompes et circonstances, des splendeurs et des décadences, parallèlement à celui d’une maison de Couture qui en fut, en est toujours un peu, une sorte de succursale, de comptoir sur lequel je me suis plu à condenser et circonscrire mes souvenirs en fouillis. J’ai souhaité juxtaposer à ces incunables chétifs et ces survivances anonymes les icônes emblématiques qui s’érigèrent aux carrefours de ma Carte du Tendre photographique comme des poteaux indicateurs. Lesquels ont mené aux compilations de la maison de Couture si papivore, non pas iconoclaste mais « iconophage », où se stratifie en désordre les données du temps et de l’espace, l’ailleurs et l’autrefois intriqués pour mieux signifier ici, maintenant, demain.

À travers les collages hétérodoxes et composites qui donnent jour aux collections, les Polaroids de travail de Jérôme Puch, directeur de la communication chez Christian Lacroix retrouvent une place naturelle. Leur accumulation donne un vertige de beautés en abyme. Le témoignage par Alain-Charles Beau de quinze ans d’essayages, de coulisses, de « backstage », de panaches captés au plus juste d’un geste comme il le fit des novilleros entre deux mondes, deux vies, l’arastre d’avant paseo et la lumière sol y sombra s’imposent également. Idem avec les « gisantes », totems plutôt car bel et bien debout, de Katerina Jebb, saisies à l’occasion de la récente exposition des Arts décoratifs où je racontais mes Histoires de mode. Si l’on ajoute quelques portraits naufragés des vingt dernières années par quelques grands noms, on aura une idée de ce kaléidoscope, de ce puzzle ou de cette mosaïque qui, de Nègre aux contemporains en passant par tous les avatars du collage et du « scrapbook », tâche de raconter comment je continue de nos jours à poursuivre l’Arlésienne de Daudet, pour jamais absente mais si omniprésente.


Christian Lacroix, directeur artistique



Commissariat d’exposition (Palais de l’Archevêché) : Françoise Riss.

Coordination : Pascale Giffard, avec l’aide de l’équipe des Rencontres d’Arles.


Photographes arlésiens exposés au Palais de l’Archevêché : Dominique Roman, fonds Raybaud, Tourel, Chateauneuf, Marcheteau, Vignal, Carle Naudot, Barral père et fils, trois générations de George : Frédéric, Joseph et René George, Lucien Clergue, Bernard Martin, Charles Farine, Boby Bourdet, André Garimond, Mathieu Pernot.

 

Expositions présentées au Palais de l’Archevêché et au cloître Saint-Trophime, Rencontres d’Arles 2008.