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9 août 2006

David Burnett, Politique.s 1973-1977

« C’est l’ami américain et le plus français des photographes new-yorkais. Je l’ai rencontré la première fois en 1970 au Pérou sur le tremblement de terre, il revenait du Vietnam, il avait 20 ans. Je ne l’ai pas oublié, au moment de la scission Gamma / Sygma, j’ai tout de suite pensé à lui. On voulait l’envoyer au Chili, il ne voulait pas partir, on a réussi à le convaincre finalement d’aller à Santiago, de partir « à la française », sans garanti. Il ne le regrette pas aujourd’hui. Ses photographies sont des documents incontournables. Il m’a accompagné pendant le tournage du film 1974, Une partie de Campagne. Je suis content d’exposer ce reporter talentueux, avec son regard américain sur les campagnes présidentielles de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand de 1974 à 1981. Et son regard « à la Française » sur ces événements terribles du Stade de Santiago au Chili au moment de la chute d’Allende en 1974. »

Raymond Depardon



Politique.s

Cette exposition présente des images noir et blanc du Chili d’une part, et de la politique française d’autre part, de 1973 à 1977. Leur auteur, le globe-trotter américain David Burnett, mène depuis plus de trente ans une carrière de photojournaliste dense et résolument éclectique.


En 1973, au Chili, la présidence du socialiste Salvador Allende a trois ans d’existence. L’Unité Populaire qui tente d’imposer une réforme agraire et une autonomie de l’économie est loin de s’attirer toutes les sympathies. L’administration républicaine du Président américain Richard Nixon voit d’un mauvais oeil s’installer un régime de gauche dans cette partie du monde. Elle appuie les militaires chiliens qui s’y opposent. Le 11 septembre 1973, le Général Augusto Pinochet renverse le gouvernement d’Unité Populaire dans un coup d’Etat sanglant au cours duquel Salvador Allende trouve la mort à Santiago du Chili dans le palais présidentiel de la Moneda. Nombre de ses compatriotes sont arrêtés et torturés.


David Burnett arrive dans la capitale chilienne quelques jours plus tard. Rattrapant l’actualité, il produit l’une de ces images symboliques qui traversent les décennies, concentrant la violence émotionnelle d’un événement. Le jeune prisonnier Daniel Cespedes, encadré par les militaires dans les sous-sols du stade national, jette vers le photographe un regard d’adieu à la liberté. Il demeure aujourd’hui encore l’une des représentations du coup d’Etat les plus présentes dans la mémoire collective.


Dans les années qui suivent, Burnett se rend fréquemment en France au rythme des échéances électorales, notamment pour le compte du magazine Time auquel il collabore depuis ses reportages initiatiques au Vietnam (1970-1972). Il accompagnera régulièrement un Valéry Giscard d’Estaing intrigué par cet Américain atypique parlant français. Aux côtés du cinéaste Raymond Depardon, il couvre la campagne présidentielle de 1974 de Giscard dans une proximité qui laisse aujourd’hui rêveur, à mille lieues des obligations de placement et des mises en scène orchestrées pour la télévision par les conseillés en communication des personnalités politiques, honnis des photographes. À cette époque, Burnett suit également François Mitterrand, qui commence à croire à son destin présidentiel, croise Raymond Barre ou Michel Rocard, surprend Jacques Chirac, parfois avec sa femme Bernadette, comme lors de son accession à la Mairie de Paris en 1977.


Il fait par ailleurs le portrait des intellectuels Raymond Aron et Michel Foucault. Tous font confiance à l’objectif et à l’humour de Burnett, qui reviendra en France en 1981 pour la campagne présidentielle de François Mitterrand. Ses voyages en France vont finalement s’espacer. L’actualité le poussera vers de nombreuses autres contrées et il se concentrera par la suite sur la politique américaine et ses campagnes présidentielles. Il demeure définitivement le plus français des photographes américains vivant aux Etats-Unis.


Exposition organisée avec la collaboration de Contact Press Images.

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2006.