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12 juillet 2009

Delpire & Cie

Il y a deux ans, (ou un peu plus), mes amis François Hébel et Jean-Luc Monterosso m’ont proposé de présenter une rétrospective de ce que nous avons fait depuis cent vingt-sept ans (ou un peu moins) jusqu’à aujourd’hui. Peu porté sur les hommages et les médailles, j’ai dit que non, vraiment non. Durant ces quelques années qui me restent, je préfère continuer à bricoler dans l’incurable, avec Cioran. En plus, c’est dangereux d’aller de l’avant et de regarder en arrière. Ils ont accepté mon argument. Sans y adhérer.

Mais, au fil des mois, mes proches ont relancé un débat que je croyais clos. C’est à qui me persuaderait d’accepter une offre comme celle-là. Certains ont même ajouté qu’il serait plaisant d’investir simultanément Arles et la Maison Européenne de la Photographie. Peu convaincu, j’ai cherché une raison qui justifierait une telle décision. Puis, un jour, persuadé avec Voltaire qu’il est plus sûr de n’être sûr de rien, il m’est venu à l’esprit que j’avais souvent dit et écrit qu’un éditeur n’est pas un artiste mais un «passeur» entre un amont et un aval, entre les écrivains, peintres ou photographes et les artisans qui matérialisent leurs oeuvres. Que, pour moi, chaque maillon de cette longue chaîne, qui va d’un manuscrit ou d’un négatif jusqu’au livre, a son importance.

Et j’ai compris que cette rétrospective pourrait me donner l’occasion de remercier les auteurs et les acteurs de l’aventure passionnante qu’est l’édition. Je pouvais vanter les talents de mes amis artistes et saluer mes amis artisans qui assurent leur pérennité.

Je suis donc revenu vers François et Jean-Luc et ai suggéré un titre à cette exposition. Mille Mercis fut accepté avec soulagement et considéré comme définitif. Jusqu’à ce que, fouillant dans un dossier où je ne cherchais rien, j’ai trouvé deux mots mis en forme par Herb Lubalin qui m’offrait un titre simple et fédérateur.

Car Delpire & Cie dit bien que je ne suis pas le seul concerné, que les assistants, graphistes, typographes, spécialistes en fabrication ou en électronique, et aussi les photograveurs, les imprimeurs, les relieurs, les accrocheurs seraient impliqués.

« La nave va », dit Fellini et tout ce petit monde qui est le mien ramerait donc avec moi, pour faire de cette exposition ce que, j’espère, elle sera : un grand MERCI.

Et plutôt que d’éditer un gros catalogue comme il est d’usage pour les manifestations dites muséales, je préfère trois petits livres au format dont je ne cesse d’apprécier les vertus, depuis qu’au Centre National de la Photographie, grâce à Jack Lang, nous avons créé la collection Photo Poche.

Alors, bonne visite.

Robert Delpire



Exposition présentée à l’Espace Van Gogh et à l’église des Trinitaires, Rencontres d’Arles 2009.