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9 août 2006

Don McCullin, Un coin d’Afrique

« Photographe, engagé, concerné, photographe de guerre d’un courage incroyable, c’est le compagnon de route de Gilles Caron, il a surtout une éthique propre, en plus d’être un grand photographe rare et très important. Je tiens personnellement à le remercier d’avoir accepté de montrer ses photographies avec celles de Gilles Caron. Grâce à notre ami commun Robert Pledge. »


Raymond Depardon


“J’ai fait plusieurs voyages, en 2003 et 2004, pour photographier les tribus qui vivent le long du bassin versant de l’Omo, une région limitrophe du sud du Soudan. Le fleuve traverse un haut plateau puis se jette dans le lac Turkana. Dans sa descente, il fait passer le voyageur d’une Ethiopie chrétienne copte aux fins fonds de l’Afrique noire. Plus on s’enfonce vers le sud, plus les traits sont ronds, la peau foncée et la tension perceptible. On franchit une espèce de frontière et l’on pénètre dans un monde où les hommes sont couverts d’armes et où le danger est partout autour de soi.”


In Don McCullin en Afrique Éditions de La Martinière, 2005



Dans Un coin d’Afrique, l’anglais Don McCullin présente des images prises dans des tribus semi-nomades du sud de l’Ethiopie en 2003 et 2004. Reconnu comme l’un des plus grands photographes de guerre, McCullin arpente le continent africain depuis cinquante ans, témoignant de la fin de l’ère coloniale et de son lourd héritage de famine, de maladie et de guerre. Il a fait son premier voyage en 1955 en Egypte, puis au Soudan via Khartoum et à Nairobi au Kenya alors qu’il n’était encore qu’un jeune photographe de vingt ans au service de la Royal Air Force. Il ira ensuite sur les scènes de guerre du Congo (1964), du Biafra (Nigeria, 1968), du Tchad (1970), en Ouganda et sur les traces des ravages du sida en Afrique du Sud, au Botswana et en Zambie (2000-2001).


Avec ce travail, son plus récent, il opère un retour aux sources. Se souvenant du Rolleicord de ses débuts, il a choisi le moyen format — un Mamiya 7 — pour rendre compte des tribus presque oubliées du bassin de la rivière Omo en Ethiopie. C’est une vision du passé qu’il nous renvoie, un portrait de l’Afrique à la manière de certains voyageurs et explorateurs du 19ème siècle. Comme en Papouasie-Nouvelle Guinée, dans l’Irian Jaya ou sur les bords du Gange en Inde, où il recherchait déjà, il y a plusieurs années, les traces d’une forme de vie millénaire. Malgré tout ce qu’il connaît du monde, de ses misères et de ses drames, McCullin va au devant des Bodi, Karo, Mursi, Surma et autres communautés ethniques avec un regard vierge, presque candide ; chacun découvre l’autre, le dévisage avec sérieux et une simple curiosité. Les scarifications et les peintures attirent le photographe autant que les rituels de combats au long bâton — donga — que les bergers organisent régulièrement. Le monde dit moderne se manifeste pourtant sous la forme d’objets trop familiers, des fusils AK-47 Kalachnikov qui arrivent depuis la frontière d’un Soudan ravagé par la guerre civile, comme l’évocation d’une histoire que Don McCullin connaît trop bien.




Exposition organisée avec la collaboration de Contact Press Images. 
Un coin d’Afrique

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2006.