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4 août 2009

Duane Michals, The once and always now*

«Lorsque vous regardez mes photographies, vous regardez mes pensées.» Cette phrase contient la clef de lecture de l’oeuvre entière de Duane Michals : une oeuvre qui correspond, comme c’est le cas pour peu d’auteurs, avec sa philosophie de vie. Il y a cinquante ans, à l’époque de ses débuts, cette phrase était déjà à la base d’images destinées à tirer de leurs gonds les axiomes du langage photographique, pour en révolutionner la forme et le contenu.

Il est certain que sa personnalité, très sensible et éloignée des lieux communs, lui impose dès le départ de dépasser la surface des choses, d’aller au-delà de la réalité photographiable, pour atteindre l’essence de notre existence : «Je crois en l’imagination. Ce que je ne peux voir est infiniment plus important que ce que je vois.» C’est donc sur le contenu qu’il accomplit sa première révolution : Michals s’éloigne d’une photographie comme outil de lamémoire visuelle, comme récit des faits. Ce qui ne peut être vu, ce qui reste enfermé, devient l’objet de son investigation.

Justement à cause de la complexité et de la délicatesse du contenu de ses oeuvres, il est inévitable que Michals s’invente de nouvelles formes d’expression. Voici donc sa deuxième révolution: les séquences et les photo-textes. Avec les premières Michals remet en discussion le sacre de l’image unique en construisant des photo-histoires composées de plusieurs images, ce qui marque une contestation de l’autonomie et de l’autosuffisance de l’image fixe isolée. De plus, avec les oeuvres sur lesquelles il apporte des textes plus ou moins longs, rigoureusement écrits à la main, il refuse la conviction qu’une photo parle plus que mille mots, idée chère à la photographie traditionnelle de son époque.

Michals entrera en conflits avec les lieux communs qui l’entourent, mais il continuera, imperturbable, à suivre sa créativité, qui va bien outre les habitudes du monde de l’art. Une diatribe que l’on retrouve dans un des travaux les plus récents de Duane Michals (On Contemporary Art, 2001): une série qui revisite les oeuvres d’auteurs très cotés, par une parodie des images, et une satire des textes dans lesquels la critique «officielle» déclame dans un langage codifié l’apothéose de leur créativité. À travers cette série, qui représente une prise de position claire sur l’art contemporain, ou plutôt sur les vices et les fourberies de son marché, Michals insiste : «Ne faites pas l’effort d’être un artiste. Faites simplement votre travail. Si c’est authentique, cela deviendra de l’art.»

Le courage ne lui a jamais manqué, et les thèmes qu’il aborde tout au long de sa carrière en sont une preuve. Par le biais d’un langage qui va à l’essentiel il affronte des thématiques mystiques, auxquelles s’ajoutent d’autres plus existentielles, comme les interrogations sur la vie et la mort, toujours imaginée comme étant une transformation, ou sur le temps: «Dès lors que je dis “maintenant”, cela devient aussitôt “avant”.» Sont également souvent présents des sujets liés à la condition humaine dans la société, comme le racisme, l’émancipation de la femme, l’homosexualité et la guerre.

Parallèlement à ses recherches, Michals continue son travail commercial pour des revues telles que Vogue, Esquire et Scientific American. Sa spécialité est le portrait, caractérisé là aussi par une créativité continuellement innovante, grâce à laquelle il a photographié de nombreuses personnalités du monde culturel et du spectacle.

Michals est un artiste qui dépasse continuellement ses propres limites à la recherche de nouveaux modes d’expression, il est un volcan intarissable qui, à 70 ans, continue de cracher des idées hors du commun, comme les dernières images en couleurs (2006-2008) inspirée de l’iconographie japonaise.

Un homme fascinant dont le secret réside, peut-être, dans le fait qu’il évolue avec la légèreté et l’allégresse d’un jeune garçon, mais qu’il regarde le monde avec la pleine conscience d’un vieux sage.

Enrica Viganò, avril 2009.


*L’Unique et Toujours Maintenant

Avec la collaboration active de la galerie Pace/MacGill, New York .

Prêts de la Maison Européenne de la Photographie, Paris et du musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Encadrements réalisés par Circad, Paris.



Exposition présentée au Palais de l’Archevêché, Rencontres d’Arles 2009.