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22 août 2005

Ecole de Düsseldorf, La réalité revue et corrigée

Edited Reality (« La Réalité revue et corrigée ») présente le travail de quatre jeunes artistes dont la démarche consiste à remanier numériquement des photographies prises, pour la plupart, par d’autres personnes. Ils recherchent alors l’essentiel en passant outre la représentation traditionnelle du sujet, pour atteindre une densité conceptuelle et une puissance visuelle considérables. Tous les quatre sont des élèves du célèbre photographe Thomas Ruff, à l’école d’art de Düsseldorf.

La vitalité de  l’art contemporain allemand doit beaucoup à cette école, qui compta parmis ses enseignants des figures aussi prestigieuses que Joseph Beuys ou Bernd Becher. Aujourd’hui encore y exercent Markus Lüpertz, Jörg Immendorf et de nombreuses autres artistes mondialement connus.

Natalie Czech utilise comme matériau principal les archives topographiques d’Etat, en se focalisant sur des détails apparemment anodins. En explorant les changements survenus au fil des années, elle construit une archéologie imaginaire à partir de la confrontation d’époques différentes. Il s’agit d’abord de superposer deux ou plus souvent trois photographies d’un même endroit, dans un processus qui retire le caractère précis de ces images, les privant ainsi les unes après les autres de leur spécificité géographique. Ce qui intéresse donc cette artiste, c’est faire évoluer ces paysages au-delà des repères strictement réalistes. 

Thomas Neumann crée quant à lui des images qui ne proviennent en aucun cas de la réalité tangible, mais plutôt de l’univers pictural des journaux et des magazines. Son intérêt réside principalement dans ces images clichées de la presse, dont le côté convenu et interchangeable met en question les informations qu’elles sont censées communiquer. À l’épicentre de son travail, la manipulation numérique lui permet de séparer les différentes strates de couleurs constituant l’image, afin de les aliéner. En inversant l’ordre des étapes de tirage, il accentue l’aspect artisanal de chaque fragment d’information photographique, donnant lieu à des images dépourvues de toute illusion d’authenticité. 

Au premier abord, Juergen Staack semble avoir photographié ces agents d’entretien la nuit, à cela près que cette expérience visuelle a quelque chose de dérangeant : au lieu des bandes réfléchissantes, c’est toute la partie orange des uniformes qui devient luminescente sous l’effet du flash. En effet, Staack a en fait photographié ces ouvriers à la lumière du jour, pour les plonger ensuite dans une nuit artificielle. De leur environnement – immeubles, voitures, etc. – il ne reste qu’une grisaille spectrale. Il en résulte des images hautement ambivalentes, qui oscillent entre un esthétisme léché, des couleurs à la surface saisissante et un anonymat cauchemardesque. Derrière cette uniformité, on n’arrive plus à cerner l’individu : l’identité des hommes étant gommée par leur tenue, il ne reste qu’un essaim de guêpes chargées de faire régner l’ordre dans nos rues.

Si Pablo Zuleta Zahr a laissé tourner sa caméra vidéo pendant dix heures sur la place Baquedano à Santiago du Chili, il ne s’agit pas pour autant de nous proposer une simple « tranche de vie » urbaine. Les images ainsi recueillies ne servent que de point de départ pour une démarche qui consiste à prélever chaque personnage pour ensuite le réinsérer dans le panorama, selon des critères vestimentaires. Aucun d’entre eux n’est omis, aucun n’est manipulé et aucun n’apparaît plus d’une fois. Le train-train quotidien n’a alors jamais été aussi passionnant que lorsque Zuleta Zahr le réécrit selon sa propre partition. La rencontre entre l’être et le paraître donne ainsi une force poétique saisissante à cette recomposition hors du temps .




Exposition présentée par LUMAS.

 LUMAS, spécialiste des multiples et visant en particulier les nouveaux collectionneurs, propose le travail d’une cinquantaine d’artistes internationaux sur ses sites Web (lumas.com, lumas.fr, lumas.de) et dans sa galerie berlinoise.


Exposition présentée à l’Atelier de Chaudronnerie, Rencontres d’Arles 2005.