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19 juillet 2008

En souvenir des regrettés M. et Mme Comfort. Une fable par Richard Avedon

« Le mouvement nouveau qui, soudain, dynamisait le luxe des magazines de mon enfance, ses portraits du grand ou du quart monde sans concession ni mépris. Puis le choc dans un New Yorker de ce presque testament méconnaissable, saturé, le chant du cygne que je voulais pour Arles. »

Christian Lacroix

 

EN SOUVENIR DES REGRETTÉS M. ET MME COMFORT. UNE FABLE PAR RICHARD AVEDON.*

 

Le 6 novembre 1995, The New Yorker publiait, sur 26 pages (presque 27) un travail en couleurs de Richard Avedon qui fait date. Comme il l’a lui-même intitulé, il s’agit d’un « conte » pour lequel il convoque deux personnages, Mr. & Mrs Comfort qu’il met en scène, qu’il maltraite, qu’il installe dans un monde d’absolue désolation.

Mrs Comfort est un sublime mannequin, Nadja Auermann, et une véritable actrice. Quant à Mr. Comfort, c’est un squelette, non dénué d’expression ou de sens, figurant et acteur de chacune des 23 photographies publiées. Ils nous content une histoire, inventée par Avedon avec la complicité de Doon Arbus, qui prend forme de testament. Il s’agit simplement, de façon brillante et radicale, des adieux au rédactionnel de mode qui ont fait, en partie, la célébrité de Richard Avedon.

Ce fut un choc, tant pour les complices d’Avedon que pour les amoureux et acteurs de la mode – les modèles des plus grandes signatures de la mode étaient là – et pour les addicts du chiffon.

Mais c’était ainsi : strict. Richard Avedon, qui devait en partie sa gloire au fait d’avoir publié dans Harper’s Bazaar, Vogue ou autres disait NON, violemment.

Il avait décidé de dénoncer – dans une logique qui n’est pas éloignée de son engagement contre la guerre du Viêt-nam qui le mena en prison ni de son exploration de l’American West – une société de consommation qui l’exaspérait et dont il acceptait de profiter. Bye bye la mode, bye bye la séduction, bye bye l’éphémère de la séduction.

Nous sommes tous mortels et, même lorsque nous sommes acteurs et famous, nous sommes des squelettes en devenir. La mode est une illusion, une façon sublime et dérisoire de tenter de lutter, en vain, contre la fuite du temps et dont j’ai été complice, jusqu’à cette série.

Une magnifique jeune femme, un décor en désastre, un squelette à la fois cynique et libidineux, un monde qui s’écaille, confondant splendeur et beauté. Et, pour finir, un éden à jamais interdit.

À la fois beau et violent, magnifiquement contrôlé dans sa réalisation et son sens, cet ensemble qui interroge la vacuité du monde de la mode n’a jamais été exposé.

Il représente pour nous un dialogue harmonieux avec la grande rétrospective Avedon au Jeu de Paume à Paris et avec les questionnements du programme de Christian Lacroix.

 

Christian Caujolle, commissaire de l’exposition.

 

Exposition présentée au cloître Saint-Trophime, Rencontres d’Arles 2008.