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10 July 2012

Sam Falls – Discovery Award, Rencontres d’Arles 2012

Mes images ne questionnent pas uniquement les potentialités artistiques du médium photographique, elles explorent aussi sa capacité à écrire ou représenter le réel. Les premiers tirages que j’ai peints étaient des photographies de mon atelier recouvert de papier de couleur, plaqué aux murs, que j’ai ensuite photographié au grand format. Ce choix d’un papier coloré est dû à mes images, dont la couleur est le sujet même, or elles sont par la suite réimprimées sur du papier, le fond devenant ainsi indissociable de sa forme. Le processus de production de ces images comprend trois étapes : la pellicule, le travail sur Photoshop – comme de la peinture –, et enfin la peinture elle-même, sur l’image, réalisée en atelier. L’idée commune qu’une image est une trace d’un instant précis s’efface donc au profit d’images qui durent dans le temps, à mesure qu’elles deviennent objets, liés à ce choix d’une interaction des différents médiums. Ce travail a pris de l’ampleur et a évolué au fil du temps, confrontant mais défiant aussi la photographie et la peinture. Désormais, dans des photographies qui représentent un fruit ou un pneu, je photographie un objet et je l’utilise comme matériau pour peindre sur le tirage, plutôt que de seulement le traiter par Photoshop avec des “outils” numériques. Cela pose, au-delà de la capacité du médium à représenter un objet ou une idée, la question de la perception elle-même et de la façon dont elle est prise en compte dans la photographie et la peinture actuelles. Comment représenter une poire de la façon la plus appropriée ? Une photographie sur laquelle la poire est trois fois plus grosse que dans la vie réelle, aplatie en deux dimensions ? Ou bien une trace laissée par le fruit couvert de peinture, où le positif et le négatif surlignent le coeur du fruit ? Quand je regarde mes travaux, cette question persiste, en réalité, il est difficile d’y répondre. J’ai l’habitude de voir des images de beaucoup de choses, de toutes tailles, mais je vois rarement le frottement ou l’impression directe d’un élément sur du papier ou une toile. Ceci étant dit, les tirages en surimpression sont plus réalistes, semblent plus “vrais”, en un sens, du point de vue de la représentation et me font douter de l’art photographique. Cela révèle une certaine méfiance instinctive que nous avons tous, il me semble, vis-à-vis de n’importe quelle production de masse – c’est l’effet de la vallée dérangeante (une réaction psychologique devant certains robots humanoïdes dont les imperfections nous paraissent monstrueuses).


Sam Falls


Artist presented by Phillip S. Block.

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.