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28 août 2007

Gao Brothers, Un autre monde

En utilisant la photographie pour explorer les questions sociales et politiques comme dans Sense of Space (Sens de l’espace), la série Hug (Étreinte) et le projet The Forever Unfinished Buildings (Les bâtiments à jamais inachevés) les frères Gao incarnent une complexité intellectuelle fraternelle à deux visages, à la recherche d’une nouvelle Utopie. Et ce faisant, ils invitent toujours le spectateur à partager le sentiment de confusion de leurs oeuvres : que tentent-ils de dire ou de faire advenir ?

En 1989, les frères Gao accèdent à la célébrité internationale avec Midnight Mass (La messe de minuit), une installation gonflable qui, avec un air de défi, mettait le spectateur en contact avec « le naturel » sous la forme d’un organe hermaphrodite fait de ballons. À l’époque, il était impossible en Chine de montrer un corps dénudé, et c’était leur réponse. Depuis, leur travail s’est libéré en phase avec les changements continuels du pays.


Dans la série Sense of Space (2000), un assemblage de bibliothèques, ils offrent aux personnes un échange intense en repoussant les limites et s’extrayant du quotidien. Comment chaque personne peut-elle s’adapter ? Comment vont-elles réagir aux quatre situations dans les boîtes intitulées Prayer (prière), Waiting (attente), Anxiety (anxiété) et Pain (douleur), infligés à nos sentiments les plus intimes ?


Le projet Forever Unfinished Buildings est une série où des espaces publics déserts deviennent soudain des défis culturels et sociaux. Ces bâtiments vides reflètent la manière dont la Chine change aujourd’hui – tous trouveront-ils leur place dans cette nouvelle société où les vieilles coutumes (les immeubles) sont en train d’être remplacées par de nouvelles ? – et le fait que les Chinois n’ont pas encore accepté tous les changements. Mais tandis que la nouvelle situation sociale devient pour les Gao un sujet majeur, le caractère direct de leurs images protège le spectateur du surplus d’information rencontré dans le travail de beaucoup d’autres artistes.


Mao Zedong est une figure récurrente de leur travail, mais leur présentation évite les habituels stéréotypes de la propagande. Dans la série photographique Laughing Little Mao (Le petit Mao qui rit) il est dépeint comme un gentil petit garçon, mais qui toujours surplombe la scène. Dans Installation on Tian’anmen Square (2000) (Installation sur la place Tien’anmen), le portrait de Mao est suspendu sur la Porte de la Paix Céleste, comme encore aujourd’hui, et le spectateur a le sentiment de devenir de plus en plus petit à mesure qu’il passe sous le portrait. Mao, comme ils le soulignent ironiquement, demeure à ce jour un point de référence inévitable. Ruins (Ruines) montre une pièce volante qui frappe un mur portant quatre photographies de Mao : une image du capitalisme changeant la Chine ?


Les Gao ont travaillé (2007) sur le projet Miss Mao, où Mao est montré sous les traits d’une femme.


Dans l’exploration de la lutte entre l’individu et son environnement, la série Hug (Étreinte) montre des gens qui ne se connaissent pas et s’étreignent pour la première fois. Dans leur travail de performance, les Gao veulent exprimer la profonde résistance de la spiritualité face à la violence de tous les jours. Serrer quelqu’un dans ses bras est un geste naturel, mais l’embarras naît quand quelqu’un le fait pendant 15 minutes avec un inconnu, et de nouveau lors d’une étreinte collective de 5 minutes. Comment et quand nos barrières tombent-elles ? Comment ces gens qui se prennent dans les bras peuvent-ils être montrés comme une réaction aux temps que nous vivons?

Tendresse, ironie et humour sont les clefs de voûte du travail des frères Gao, de leur effort conjoint pour faire face à la dureté de la vie.

 

Janette Danel-Helleu, commissaire de l’exposition.



Exposition réalisée avec le soutien de HP.

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.