logo
fr en
close post
7 août 2008

Henri Roger, Trucs et trucages

« Enfant, chez mes grands-parents, un livre 1900 me fascinait, La chimie sans laboratoire et la physique sans appareil, témoin de toutes les curieuses expérimentations Belle Époque, bon enfant mais visionnaire. Je m’en souviens devant la façon dont Henri Roger se met en scène et se démultiplie. Au-delà de Méliès et même des surréalistes, il rejoint certains contemporains. »

Christian Lacroix




Henri Roger prend sa première photographie à l’âge de 11 ans ; à 20 ans, jeune ingénieur, il devient l’un des précurseurs du trucage photographique, il améliore le procédé et invente une nomenclature poétique pour des expériences toujours renouvelées : « bilocations », « trilocations », « photos poudres », « projections horizontales ». Les débuts de ce « truqueur » sont des déclinaisons d’autoportraits ; Henri Roger réalise le premier le 7 mai 1892, le titrant L’homme et son double à la suite duquel il invente le mot « bilocation » (le modèle deux fois).

Sa technique du photomontage ? Des négatifs retouchés tirés ensemble avec des caches, tout simplement. La « trilocation » est inventée entre le 23 et le 28 novembre 1893, avec Le photographe se regardant jouer aux dames. La suite de l’aventure est un divertissement technique : la bilocation Homme et son double sur un tabouret (24 octobre 1894) fait intervenir, outre le dédoublement du sujet, un changement d’échelle. Variations sans trucages, les Projections horizontales inspirées du procédé Bertillon (1893) et les Silhouettes (1897). Dans les années 1890, l’aréopage familial est mis à contribution lors de fantaisistes mises en scène de la bourgeoisie : Famille (1894), élégantes au Luxembourg (1895), vie conjugale (vers 1895), séances de musique, Jeune femme au mélotrope (1897). Après les prises de vue en intérieur de ses débuts, Henri Roger monte des séries truquées ou non dans la forêt de Fontainebleau (1897). Même ses fiançailles avec Jeanne Viollet, fille du directeur de la bibliothèque de la faculté de Droit à Paris, sont mises en scène : Henri Roger grimpe au paratonnerre de la Faculté pour s’y faire photographier ! À partir de 1901, la naissance de ses enfants lui offre une petite réserve de modèles dociles et les rituels familiaux deviennent des rituels photographiques. Chaque photographie saisit un moment du quotidien, le rendant attachant ou improbable. Il n’est pas rare en effet que les six enfants deviennent une douzaine par la magie du trucage ! Henri Roger invente « photo-blog XIXe » où il jongle avec les conventions picturales.

Hélène, sa fille aînée (1901-1985), est initiée aux « mystères de photographie » et en conservera une passion durable puisqu’elle fondera en 1938 la Documentation photographique Roger-Viollet. La Première Guerre mondiale marquera une rupture douloureuse dans la production d’Henri Roger. Après le décès de son épouse et de son fils, il se détourne des facéties photographiques et consigne plus classiquement la vie familiale et parisienne ainsi que ses voyages de plus en plus lointains, jusqu’à son décès en 1946.



Exposition organisée en collaboration avec l’Agence Roger-Viollet et la Parisienne de Photographie.

Projection : réalisation Le Tambour qui parle.

Exposition présentée au musée départemental de l’Arles et de la Provence antiques, Rencontres d’Arles 2008.