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15 août 2006

Isabelle Hayeur, Territoires invisibles

Proposée par Vincent Lavoie pour le Prix Découverte 2006.


Depuis la fin des années 90, je sonde les territoires que je rencontre pour comprendre comment nos sociétés actuelles investissent et façonnent leurs environnements. Je suis particulièrement intéressée par la question environnementale et par le devenir des lieux et des cultures à l’ère de la mondialisation. Entre les paysages et nous-mêmes existe une relation de réciprocité qui dévoile nos modes d’existence. Leur étude comme leur mise en espace mettent à jour nos visions du monde et notre être ensemble. La rapidité avec laquelle les changements de tous ordres sont survenus au cours de ce siècle se manifeste de façon évidente dans les espaces que nous habitons. Nos milieux naturels, ruraux et urbains ont connu des transformations majeures, plus particulièrement depuis trente ou quarante ans. L’univers hautement médiatisé dans lequel nous vivons aujourd’hui installe davantage d’espaces abstraits et d’environnements fabriqués. Nos perceptions sont investies par les moyens d’une culture technique qui reconduit celles-ci vers un monde plus orchestré et plus uniforme.

Nous avons le privilège de construire et de façonner le monde. Ce n’est évidemment pas un phénomène nouveau mais nous disposons de moyens sans précédents pour le faire. Nous donnons forme à des univers autrefois impossibles et impensables. Nous agissons sur ce qui nous entoure et intervenons sur le cours des choses comme jamais auparavant. Manipuler ou jouer avec les données du monde n’a plus rien d’irréel puisque notre univers devient de plus en plus malléable. Nos visions et nos modes de vie ont de toute évidence plus de conséquences sur les espaces que nous occupons. La responsabilité de nos aménagements et de nos imaginaires prend alors une importance particulière.

Ces questions traversent ma recherche des dernières années. Par le biais des techniques de transformation de l’image, je manipule mes prises de vues. À l’instar du cinéaste Robert Bresson qui considérait que  » Le réel brut ne donnera pas a lui seul du vrai  » j’appréhende le monde en le recomposant pour en rapporter des images qui le saisiront dans toute sa complexité. La mise en relation de lieux, d’événements et de temporalités de provenances diverses crée des rapprochements (géographiques et sémantiques.) Elle permet aussi de condenser des lieux pour  » modéliser  » des territoires beaucoup trop vastes pour être contenus par l’objectif. En ajoutant des dimensions et des références supplémentaires aux réalités documentées, la construction peut ainsi révéler des aspects du monde que la captation seule n’arrive pas toujours à montrer. C’est une façon de faire entrer le hors champ à l’intérieur de l’image.

Isabelle Hayeur.


Exposition présentée au Magasin Electrique, Rencontres d’Arles 2006.