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21 août 2012

Isabelle Le Minh, Reality killed the cat*

Une légende raconte qu’un jour, le sage Zhuangzi – l’un des fondateurs du taoïsme – s’endormit dans un jardin et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Après avoir volé de-ci de-là, le papillon s’endormit à son tour et fit aussi un rêve. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À son réveil, le sage ne sut plus très bien qui il était : le véritable Zhuangzi ou le Zhuangzi du rêve du papillon ?

 

Si le titre de l’exposition est une référence explicite à l’expérience du chat de Schrödinger, elle aurait pu s’appeler aussi « le rêve du papillon » car c’est d’une mise en perspective de la réalité – réalité de l’image ou nature même de la réalité – dont il y est le plus souvent question. Ici, la photographie n’est plus appréhendée comme un simple médium, un moyen de représenter le monde mais c’est la photographie, ses objets, ainsi que les fondements théoriques de l’image, qui sont pris en considération, élargissant à l’ère du numérique la voie ouverte dans les années 1970 par John Hilliard ou Ugo Mulas avec sa série Vérifications.

 

Au travers de nombreuses allusions à des oeuvres d’artistes (Marclay, Baldessari, Sugimoto…), de références à la physique des particules, aux philosophies extrême-orientales ou encore à l’allégorie de la caverne de Platon, Isabelle Le Minh convie le visiteur à une approche décalée et autoréflexive du médium. Opérant le plus souvent par associations d’idées, elle élabore des uvres polysémiques, parfois teintées d’humour, qui se font écho d’un espace à l’autre et sont marquées par la prégnance des mots.

 

Conçue comme un parcours qui relève plutôt de la flânerie intellectuelle que d’une analyse structurée, l’exposition questionne en filigrane les limites de la photographie, de l’ontologie de l’image à ses mythes fondateurs et ses principes sémiotiques et la considère pour ce qu’elle est aussi : une pratique culturelle inscrite dans une réalité économique, un outil technique qui produit des objets en deux dimensions, une trace laissée sur un support par un flux de photons… Ou peut-être rien d’autre que juste une illusion.

 

Bernd Soares

 

* Reality Killed the Cat : la réalité a tué le chat

 

Exposition présentée à la Grande Halle, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.