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3 août 2009

Jack Pierson, Jérusalem

Voici de nouvelles images. Elles sont grandes, il y en a onze, elles sont pliées en huit et accrochées au mur avec des épingles. Je vais parler de leur origine et vous donner une liste de choses auxquelles j’ai pensé pendant leur élaboration.

Durant les fêtes de fin d’année, j’ai passé Noël chez mes parents sur la côte ouest de la Floride. Pour le jour de l’an, j’ai rejoint mon cher ami John Derian à Cape Cod, où il a une charmante vieille maison de capitaine à Provincetown. Ensuite je me suis rendu dans ma propre maison dans le désert de Californie. J’avais emmené un appareil, un compact amélioré, fiable et bon à tout faire, un Fuji 6 x 4,5 que j’utilise généralement en ce moment. J’ai gardé la même pellicule quinze poses durant ces trois semaines. J’ai dû faire environ cinq images à chaque endroit. Ce n’était pas prémédité, ni un « concept » ; il se trouve que je ne prends pas beaucoup de photos. Je « couvre » un sujet sous quelques angles, à la limite je fais un cadrage vertical et un horizontal, et puis ça suffit pour la journée.

Ces onze nouvelles images proviennent des quinze poses de la pellicule. J’ai toujours fait mes prises de vue comme ça, sauf quand je photographie une personne. C’est en partie dû à l’habitude que j’ai prise quand j’étais étudiant et que la pellicule et le développement représentaient une dépense considérable. Dans ma jeunesse, le bruit mécanique des appareils photo tel qu’on l’entendait dans les films était séduisant, mais c’était une chose irréalisable. De même, utiliser des épingles ne m’aurait pas semblé, comme c’est le cas aujourd’hui, la solution d’accrochage la plus élégante. Mais maintenant, même lorsque je cède à la tentation d’encadrer une grande photographie en couleurs, cela me semble superflu.

Les images au mur, s’il ne s’agit pas de tirages argentiques, doivent être des pages arrachées à des magazines ou des affiches, épinglées ou scotchées. Autrement, je ne suis pas convaincu. Pour moi, la photographie est mieux présentée dans des livres, des magazines ou sous forme de publicité.

Quoi qu’il en soit, ces petites manies, qu’elles proviennent de moi ou de la photographie elle-même, ont provoqué chez moi une certaine ambivalence en ce qui concerne le fait d’exposer des photos. Je ne le fais que lorsque l’impulsion est plus forte que mes réticences et que le moment semble s’y prêter. Vous l’aurez compris, pour moi, la création d’une image se fait essentiellement après la prise de vue.

Voici quelques extraits de mes pensées durant les prises de vue : Joli palmier. Mes photos de palmiers sont appréciés, pourquoi ne pas en prendre quelques-unes ? L’océan qui brille sous le soleil, quoi de plus beau ? Le sable, semblable à une peinture de Larry Poons, riche en métaphores. Le ciel, nuageux, ou plein d’oiseaux, c’est mièvre, mais pourquoi pas un ciel à la fois vide et plein de sens ? J’espère que la machine à rayons X ne voilera pas cette pellicule.

Dans un livre, comme je l’ai dit, les choses sont plus faciles ; la page imprimée donne de l’autorité à l’image. Sa forme de livre évoque une valeur narrative intrinsèque. En commençant généralement par son titre. Sur le mur, ces choses doivent être accomplies à travers la taille, la présentation et les matériaux ; je ne veux pas vous faire lire un communiqué de presse ou un article. Cela dit, voici comment cette nouvelle série en est arrivée à porter le titre pompeux de Jérusalem. Mon excellent ami Walter m’a dit qu’il pensait que la sélection avait une qualité « biblique ». Cela possède un ton à la fois grandiloquent et misérable qui me correspond. C’est cela qui, peut-être, se ressent dans cette exposition à laquelle j’ai été convié de participer par l’une de mes photographes préférées, Nan Goldin.

Jérusalem est située à la croisée des trois religions les plus importantes du monde. Les trois lieux de cette oeuvre exercent sur moi une fascination depuis des années. La Floride, le Massachusetts et la Californie.

Des lieux hors de New York que je considère comme chez moi.


Jack Pierson



Jack Pierson est représenté par la galerie Cheim & Read, New York.

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2009.