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17 août 2008

Jane Evelyn Atwood, Haïti

  Dans le texte qui introduit l’ouvrage consacré à cette exposition, l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot prévient : « On ne photographie pas un pays. Mais, au fil des photos ici proposées, vient le constat instructif qu’Haïti, un peu comme tous les pays, est bien un ensemble impossible. C’est cette impossibilité que Jane Evelyn Atwood a photographiée. Chaque photo témoigne de quelque chose d’irréductible, capture un moment de quelque chose dont on ne pourra facilement épuiser le sens. Quelque chose de rebelle aux fausses évidences. »

Le travail de la photographe américaine Jane Evelyn Atwood sur Haïti est radicalement en rupture avec l’imagerie de violences et de misère que l’actualité impose régulièrement pour évoquer ce pays caraïbe. Rupture aussi dans l’écriture de l’artiste qui choisit la couleur pour traduire sa fascination pour le peuple haïtien « incroyablement vivant et étonnant ». Rompue aux enquêtes de longue haleine en noir et blanc sur la prostitution, la prison, les victimes des mines antipersonnel ou du sida, Jane Evelyn Atwood aborde Haïti sans préjugés, avec un regard qu’elle veut débarrassé de toute influence préalable. Modestement, elle découvre des personnes, elle observe le quotidien des individus, la diversité des vies singulières confrontées au savoir-vivre et au devoir-vivre qu’exigent pauvreté et inégalité. Elle montre la beauté intacte d’un peuple qui ne s’abandonne pas au soleil noir de la fatalité et réinvente sans cesse un avenir possible. D’une facture particulière, les prises de vue haïtiennes d’Atwood, notamment ses portraits, semblent dessiner des clairs-obscurs au grand jour ; la couleur ne sert pas ici à accentuer une riche gamme chromatique déjà présente dans le viseur, mais à souligner des contrastes, des ombres ou des lumières, qui contribuent à installer une forme subtile d’intimité avec les univers photographiés. Et Lyonel Trouillot de conclure : « Tout est là ; tout ce qui anime les contradictions du vivre et du mal-vivre haïtien. Seulement rien n’est donné comme typique ou représentatif (…) On ne photographie pas un pays, mais des photos peuvent être une ouverture sur un pays en forme de fragments. Pour donner à voir justement que l’on ne voit que d’infimes parcelles de toute la vie à voir. »



Exposition présentée au Capitole, Rencontres d’Arles 2008.