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7 août 2008

Jean-Christian Bourcart, Le plus beau jour de la vie

« Je n’avais jamais oublié ses aquariums écarlates place Furstenberg. Loin de ces orgies échangistes, il montre ici quelques « plus beaux jours de leurs vies » laissés pour compte. »

Christian Lacroix



À 17 ans, j’arrivais à Paris avec une seule adresse en poche. Celle d’une société spécialisée dans la photographie de mariage. J’appris la combine et j’en assurai ma pitance pendant plusieurs années. Si, par la suite, je devins reporter, c’est bien dans les églises et les parcs municipaux que cela a débuté. De cette époque, j’ai gardé une fascination pour ces mises en scène du bonheur qui m’émeuvent par l’ambiguïté qui s’en dégage : rêve ou cynisme ? C’est au spectateur de décider. Une bonne photographie de mariage est une photographie vendue. Pourtant une partie de la production ne trouve pas acquéreur et jaunit dans des cartons. Au cours des années ce sont des dizaines de milliers d’images – à remplir une pièce – qui s’accumulent. C’est là que j’ai commencé ma collection, tel un archéologue, fouillant patiemment les strates de cette mémoire collective. Je me suis constitué mon album à moi, racontant l’histoire d’une famille hybride, pas très bien foutue mais choisie celle-là, une histoire parfois drôle, parfois innocente, parfois tragique, vacillant entre la représentation du bonheur, et les accidents de la vie, qu’on pourrait nommer réalité. Il s’agit donc de récupération et de détournement ; le statut de ces images bascule par le simple fait de les montrer au public ; de support d’une mémoire familiale, elles deviennent témoignage des codes de représentation populaires de notre fin de siècle. Mais parfois l’improbable se glisse malicieusement dans quelque surimpression, flou à la vaseline et autre passe-passe photographique pour en révéler l’important potentiel fantastique. Les gens là, dans ces images, c’est un échantillon parfait de la classe moyenne, archétypes du nouveau prolétariat : les banlieusards. Ils sont si loin et ils sont si proches, ce sont mes voisins, mes frères et surs, nous vivons au milieu d’eux, à un tel point qu’il n’est pas sûr que nous n’en fassions pas partie. C’est dans la mesure où il s’agit de moi aussi que je me permets de montrer ces images. D’ailleurs, je vais bientôt me marier.

Jean-Christian Bourcart


Il est représenté par la galerie Alain Gutharc, Paris, l’Agence Rapho, Paris et la galerie Andrea Meislin, New York. Tirages réalisés par le laboratoire Janvier.


Exposition présentée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2008.