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28 août 2007

Jeetin Sarma, Arnav & Anya

Jeetin n’avait pas prévu qu’en faisant comme tout bon père de famille, à savoir photographier son fils, il ferait bien plus que de découvrir un moyen d’expression dans lequel il excelle aujourd’hui : il renouvellerait un genre photographique sinon tombé en désuétude, en tout cas gagné par une tyrannique mièvrerie. Dans la famille Sharma, on n’est pas sage comme des images. Et le mot « enfant » n’y rime certes pas avec « gnangnan » ! Très vite d’ailleurs, tout se complique encore un peu plus quand la petite sur, Anya, rejoint Arnav sur le Grand Manège. Les deux petits êtres tonitruants et technophiles s’agitent dans le théâtre de leur quotidien en vrac. Les questions qu’ils nous posent sont bien plus grandes qu’eux : jeux ambigus, humour un peu trop noir, rêves un peu trop roses Tout n’est que frôlements et frissons, peur panique ou fous rires. Danger : sous la surface de ces images diablement maîtrisées, une « autre histoire » rode.

Alain Willaume



ARNAV & ANYA

En 2005, j’ai commencé à photographier mon fils Arnav qui avait tout juste trois ans. Anya, ma fille, venait d’entrer dans nos vies. Regarder Arnav, c’était d’une certaine façon regarder mon enfance se rejouer. J’étais intrigué par ses habitudes et par sa relation avec le monde qui l’entourait. À l’époque, bien que connaissant la photographie, je n’avais jamais essayé de faire des images personnelles. Photographier mon fils est devenu un mode d’exploration méthodique et régulière de mon propre espace familial. J’ai inclus Anya dans les photographies dès qu’elle a pris conscience de son environnement.


La relation entre Arnav et Anya, leur intuition l’un de l’autre m’offraient de nombreux sujets à photographier. J’étais fasciné par leur aisance quand ils se promenaient nus, inconscients de la gêne des adultes face à la nudité. La façon inattendue qu’avait Arnav de passer du rôle agressif d’un Power Ranger à celui, protecteur, du dieu indien Hanuman, ou même sa curiosité face au corps de sa mère, si différent du sien ou du mien Et pendant que tous les deux, ils explorent, jouent, flânent et s’émerveillent, j’observe et je photographie, tour à tour père et photographe. Sur un fond de rituels issus de notre banalité quotidienne, mes photographies reflètent une curiosité naissante et illustrent à quel point nous sommes façonnés par notre entourage domestique immédiat. Des portraits tantôt mis en scène, tantôt pris sur le vif, mais tous inspirés par mes enfants.


Mes photographies présentent une enfance ordinaire de classe moyenne indienne. L’obsession d’Arnav pour les dinosaures, les poupées Barbie, les fusils et Hanuman illustre le brassage d’influences, occidentales autant qu’indiennes, à l’uvre dans de nombreuses familles de l’Inde d’aujourd’hui.


Jeetin Sharma



Alain Willaume, commissaire du programme India avec Devika Daulet-Singh.



Exposition réalisée avec la collaboration de Photoink. Réalisation : Le Tambour Qui Parle.

Exposition projetée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.