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7 août 2007

Jeff Wall / Mark Lewis, Regarder

Jeff Wall n’est pas un adepte de l’instantané photographique. Sa manière de travailler n’en intègre pas moins le temps mais dans une version dilatée. Les tableaux photographiques qu’il réalise sont en effet des constructions lentement et minutieusement élaborés qui peuvent être vues comme des références à la grande peinture figurative mais tout aussi bien comme des photogrammes issus d’un film dont le metteur en scène, comme il arrive parfois, accorderait au cadre et à la photographie une importance extrême. Dès les premiers moments de son uvre, Jeff Wall s’est posé non seulement des questions de forme mais également une série d’autres touchant à sa relation au paysage et au territoire ainsi qu’à la présence physique de celui qui produit d’eux une image photographique.


« The old prison » de 1987 est une image lumineuse, une photographie en couleurs se distinguant des photographies traditionnelles par sa présentation sur de grands supports transparents – « Transparencies » – montés dans des cadres d’aluminium et rétro-éclairés. « The old prison » est une vue panoramique très étendue, d’un vaste territoire. Dans cette photographie prise à partir d’un point élevé, une infinité de détails et d’informations est lisible ; cependant, le paysage qui se déploie à perte de vue devant le regardeur, demeure comme une étendue insaisissable.


Mark Lewis, auteur d’une importante uvre photographique, réalise également depuis les années 1990 des films qu’il rassemble sous l’intitulé « cinema in parts ». Loin de tout récit, sans intention narrative déclarée, ses moments filmés se présentent comme des suites d’images très soigneusement composées dont le lent travelling se déroule dans le silence le plus complet. Chez lui aussi la référence à la peinture et à sa transposition photographique fait partie des enjeux et, selon une manière de procéder présentant des points communs avec celle de Jeff Wall, avant de filmer, il délimite et choisit très soigneusement le territoire de ses opérations et prépare minutieusement sa prise de vue, calculant avec une extrême précision le mouvement de la caméra, le déroulement du panoramique, les angles, les distances et la mise au point. Il produit ainsi des films en 35 millimètres qu’il transpose ensuite au format vidéo.

Algonquin Park – Septembre, 2001, consiste pour l’essentiel en un plan fixe sur un lac situé dans l’État de l’Ontario, au Canada. On y voit une île qui apparaît seulement lorsque la brume se lève. La caméra ne bouge pas, on n’entend pas un seul son, rien n’est animé sinon la brume qui va et vient lentement. Cette quasi-immobilité oblige le regard et tous les sens à une sorte de qui-vive en même temps qu’elle les retient dans un suspens ouvert sur la beauté.


Dans l’un comme dans l’autre cas, par la médiation d’images fixes et animées, les deux artistes semblent nous inciter, d’abord et avant tout, à prendre le temps de regarder.



Commissaires : Laetitia Talbot et Muriel Toulemonde

 

Exposition organisée en collaboration avec l’École Nationale de la Photographie, Arles.

Exposition présentée à la Galerie Arena, Rencontres d’Arles 2013.