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10 août 2008

Jérôme Puch, Et moi

« Une autre série systématique. Le rite toujours recommencé des « barbares », « go and see » et des « fittings » ou des préparatifs afférents au « show », ici adoucis par la complicité, au fil des saisons, de Jérôme Puch, chargé de la communication chez Christian Lacroix, qui accompagne ces beautés du moment imperceptiblement. »

Christian Lacroix



Le Polaroid m’a toujours fasciné par son immédiateté, son instantanéité et sa non-reproductibilité. Je l’associe à une impulsion, à une façon de figer le temps. Depuis que je suis chez Christian Lacroix, je travaille avec ses mannequins. Ce sont incontestablement les plus belles filles du monde et aussi les plus photogéniques. Celles avec qui j’ai voulu m’immortaliser, systématiquement, obsessionnellement, justifient mon désir de garder une trace dans le temps, qui semble filer encore plus vite dans le monde de la mode.

La beauté insolente de ces jeunes filles fardées comme des femmes m’a toujours intrigué. Elles m’évoquent les actrices à l’époque du cinéma muet. À mon top chrono, élancées sur le podium, elles se transforment en femmes fatales, Marie-Antoinette, Arlésienne, Jolie Madame, Reine Africaine ou Madone Autant d’interprétations de la femme que Christian Lacroix a imaginées. La carrière des mannequins étant de plus en plus courte, elles sont chaque saison plus nombreuses à jouer à cette partie de chaises musicales, qui n’est soumise à aucune loi.

Les Polaroid sont témoins de l’arrivée des mannequins, de leur évolution, puis de leurs changements physiques. Leurs carrières sont des Polaroid : immédiates et instantanées. Sur certaines de mes séries, j’apparais en photo avec le même mannequin, à différents moments de sa carrière. Chez elles, seul le maquillage et les cheveux changent. Le temps s’affiche sur mon visage grâce à ma barbe et ma coupe de cheveux. Ces filles parées d’artifices représentent un monde fantasmé, irréel, alors que je me montre sur le Polaroid, brut et plus ancré dans la réalité. Le cadrage des photographies devient systématique et est déterminé par la mesure de mon bras gauche. La volonté d’exprimer une spontanéité par ce genre de cliché m’offre une plus grande liberté de gestes. Ces photographies sont une déclaration d’amour à ces filles, au travail majestueux de Christian Lacroix et un hommage ému au Polaroid. Jadis irremplaçable, aujourd’hui désuet, il vit ses dernières heures.

Jérôme Puch


 

Exposition présentée au cloître Saint-Trophime, Rencontres d’Arles 2008.