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17 août 2008

John Demos, Albanie

Quarante-cinq années de dictature stalinienne, de système autarcique et d’isolement international ont fait de l’Albanie du XXe siècle un pays sans images. Pourtant proches voisins de l’Italie et de la Grèce, il semblait que les Albanais n’avaient pas de visages, de cités, d’existence, autres que ceux de la propagande officielle diffusée par le pouvoir despotique du président Enver Hoxha. Au tournant des années 1990, la chute du régime communiste incite le photographe grec John Demos à parcourir, sous le camouflage du touriste circulant en autocar, les villes et les villages albanais pour témoigner des mues en cours. Il y reviendra à plusieurs reprises comme correspondant de presse.

Auteur du fameux livre Ombres du silence, acteur majeur de la scène photographique grecque, formé aux États-Unis, il a longtemps enseigné la photographie avant de diriger plusieurs centres ou festivals dédiés à l’image et de créer l’Agence Apeiron, la plus importante agence photographique grecque. Adepte du Leica, virtuose du noir et blanc, John Demos a magistralement fixé sur sa pellicule l’identité de la Grèce profonde et immémoriale. C’est pourtant en couleur qu’il choisit de photographier l’intense période de ces transitions albanaises. Reportages rendus difficiles par les tracasseries que doit subir un « touriste » plus soucieux de photographier les scènes de rues que les paysages, et attentif à privilégier les ambiances et atmosphères qui caractérisent un pays en phase de changements radicaux. Malgré ces difficultés, John Demos, animé d’une méticuleuse curiosité et d’une empathie pour les populations qu’il croise, parvient à nous restituer les temps forts (meetings politiques, règlements de comptes, scènes d’exils) et les temps faibles (vie quotidienne, faits et gestes d’une liberté nouvelle, apprentissages de la démocratie) de l’Histoire en train de s’écrire. C’est la force de ce reportage que de donner au spectateur la certitude qu’il « regarde » ce qui a véritablement été ; qu’il comprend les sentiments qui traversent les habitants en train d’expérimenter les délices et les embûches d’une liberté en actes ; qu’il perçoit la palette subtile et nuancée des micro-instants qui jalonnent l’avènement d’une Albanie qui renaît à la vie et à sa propre histoire.



Exposition présentée au Magasin Électrique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2008.