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20 août 2002

Josef Koudelka, Rétrospective

Josef. Il y a une trentaine d’année, il est entré dans l’histoire de la photographie. D’un coup d’épaule. Comme s’il fallait éclater la porte trop bien fermée de la notoriété. Une fois là, il a pris ses aises, rendu visite à ses pairs. 

En guise d’allégeance, il a montré ses Gitans à Henri Cartier-Bresson, vite devenu son ami. 

Fidèle à lui-même, il est resté ce paysan morave capable d’arpenter les grands espaces, en Europe ou ailleurs. Paris lui a convenu. Mieux que Londres. Il s’y est installé. Nulle part la lumière n’est aussi belle que dans son atelier pour juger de la qualité d’un tirage ou d’une preuve de gravure. Sa table de travail à la longueur d’une cimaise de musée. Il y ordonne, inlassablement, des images qui deviendront, avant d’être des classiques du genre, le carnet de notes d’un homme qui serait en exil s’il n’avait pas le talent de s’approprier, visuellement parlant, les lieux et les hommes, où qu’ils se trouvent.

Les visiteurs des Rencontres d’Arles pourront donc, de Van Gogh aux Prêcheurs, vérifier que Josef Koudelka est bien l’un des imagiers les plus puissants de son temps. Vérifier que, des jeux d’ombres et de lumière de ses tout débuts, lui est resté le sens du drame au quotidien, vérifier que le désespoir des Gitans, dans leur émouvante dignité, s’accorde superbement avec l’apocalypse des pierres, avec ce chaos si magistralement ordonné. 

Pour la première fois, sont montrés ici les temps forts d’une oeuvre, dans leur diversité et leur extrême singularité.


Robert Delpire, Commissaire de l’exposition 


Chaos

Dés ses premières photographies, Josef Koudelka était tenté par des images étirées. Dans le format traditionnel, il disait ne pas retrouver l’émotion qui était la sienne devant certains paysages. 

C’est en 1986 qu’il commença à photographier avec un véritable appareil panoramique et qu’il développa un aspect d’une œuvre déjà reconnue internationalement. 

A considérer les photographies qui constituent Chaos, la tentation est grande de les comparer aux œuvres qui relèvent du land art, à ces sculptures posées dans la nature, une nature qui se trouve modifiée par elles. Si l’on pense, par exemple, à la Spirale Jetty de Robert Smithson, l’œuvre est le lieu où il a installé son chemin de pierres. 

A l’inverse, pour Koudelka, le lieu est la photographie. Ces blocs de béton, ces maisons éventres par la guerre, ces champs stérilisés par la pollution, n’existent que théâtralisés par le regard posé sur eux. L’œuvre, car œuvre il y a, sera toujours et à jamais non le lieu mais la photographie que Koudelka a faite du lieu. 

Robert Delpire.



Avec le soutien de l’AFAA (association française d’action artistique), la saison tchèque. 

Exposition présentée à l’église des Frères-Prêcheurs et à l’église des Trinitaires, Rencontres d’Arles 2002.