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10 août 2008

Katerina Jebb, Rencontres d’Arles 2008

« Le choc de ses vêtements passés à la Xerox, son travail sur certains modèles d’Histoires de mode aux Arts décoratifs jusqu’à l’érotisme hiératique de ses derniers travaux : un coup de cur pour ces images comme des autopsies. »

Christian Lacroix



Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur la relation entre la mort et la photographie, sur le réel et la fiction ou sur la confusion des genres. Autant de thèmes fondamentaux pour la photographie contemporaine comme dans le travail de Katerina Jebb. Ce qui retient l’attention c’est l’esthétique étrange provoquée par la technique utilisée. Ses portraits tirés à partir de scans, hier à partir de photocopies, est une technique qui semble pouvoir dénaturer le vivant, le balancer peut-être de l’autre côté. Et de ce côté-là, la carnation se fait plus lisse encore et parfois sa couleur est blanche comme de la porcelaine ; les formes s’aplanissent, l’aura du regard disparaît à tout jamais, comme si le souffle de vie s’atténuait jusqu’à se perdre. La raideur des personnages ne nous donne pas d’indication sur la position du modèle ; sont-ils en lévitation ou sommes-nous au contraire en présence de gisants ? Cette raideur, et les somptueuses robes font aussi penser aux saints portés dans les rues de l’Europe du Sud lors de processions religieuses. Le sacré intervient aussi. Un flottement, peut-être. Un regard – qui n’en est pourtant pas un –, est-ce cela l’éternité ? La question du moment de la photographie ne se pose plus. Des images figées. C’est bien le propre de toute photographie. Momification ou embaumement. En 1890, le docteur Variot, médecin des Hôpitaux de Paris, propose une nouvelle méthode d’embaumement, l’anthropoplastie galvanique, basée sur l’utilisation du nitrate d’argent, bien connu des photographes de l’époque. Dans le petit jeu des convergences et des échanges de procédés, Katerina Jebb, dans une mise en abyme vertigineuse des principes de base du médium, nous donne à voir une image dont l’esthétique s’approche de cette idée. Le vêtement, le plus beau évidemment, vient alors se déposer là, comme si c’était le dernier à être porté, comme si c’était pour l’éternité. Ce n’est plus un instant de vie qui est alors saisi, mais son apparence dans toute sa splendeur.


Vincent Juillerat



Exposition réalisée avec le soutien de Monsieur Christian Lacroix (société XCLX).

Exposition présentée au cloître Saint-Trophime, Rencontres d’Arles 2008.