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18 août 2005

Kyoichi Tsuzuki, Roadside World

Nominé par Michel Mallard pour le Prix No Limit 2005.


On pourrait le dire journaliste, artiste, voyageur ou curateur mais Kyoichi Tsuzuki est tout à la fois. Il est ce que son sujet exige de lui. Chez lui, le spectre des pratiques n’a d’égal que celui de ses intérêts. Tsuzuki regarde et voit, là où nous passons notre chemin. Il s’arrête et explore notre modernité à l’aune de ses expressions populaires. Sujets de ses investigations : le vernaculaire, l’anonyme, l’amateur. D’abord homme de mots, (il est rédacteur en chef puis directeur de collection de 1976 à 1992), Kyoichi Tsuzuki leur adjoint l’image afin de compléter le document. Première contrée explorée : le Japon. Premier ouvrage en date : Tokyo Style, où photographie et texte dessinent le portrait d’un habitat tokyoïte aux traits plus baroques que minimalistes.  Puis vient Roadside Japan, somme des attractions touristiques (et excentriques) recensées sur tout le territoire japonais, première étape de son tour du monde de l’insolite. Comme pour nombre de ses projets, Roadside Japan prend d’abord la forme d’une chronique régulière dans un magazine pour être ensuite compilée et publiée (en 1996), sous les apparences d’un guide de voyage. Au livre s’ajoute aujourd’hui la forme télévisuelle, et Kyoichi Tsuzuki se fait pour l’occasion présentateur. À chacun de ses métiers et rôles endossés président deux volontés : éclairer et diffuser son sujet. À cette fin, il emploie tous les moyens, s’empare de tous les supports.


De l’automne 1997 au printemps 2001, poursuivant son tour du monde, Kyoichi Tsuzuki publie Street Design File (Aspect), une série de vingt volumes consacrée aux trésors méconnus du design populaire. Des cercueils africains aux masques de « luchadores » mexicains, en passant par les Imekura ou chambres à fantasmes japonaises, Kyoichi Tsuzuki se fait, au travers de cette collection, l’ethnologue des marges de nos sociétés. Quand le Japon, pris d’un accès de puritanisme, voudrait voir disparaître ses « love hotels » et fermer ses musées du sexe, Tsuzuki archive leur architecture délirante et achète leur collection de pénis et vagins en cire. Et pour que rien ne s’en efface, il marque la carte de son pays, y consigne tous les sites visités. Puis, après celle du Japon, les cartes de l’Europe et des Etats-Unis se criblent à leur tour. Sans discontinuer, il voyage et recherche.  Pour garder trace et retenir ce qui risque l’évanouissement, il utilise le médium photographique. Et de ses clichés se dresse alors l’inventaire d’une culture méconsidérée. Kyoichi Tsuzuki s’invente conservateur d’un patrimoine en perdition, dont la richesse étincelle à la faveur de sa lumière.

Raphaëlle Stopin, Michel Mallard



Exposition présentée au Magasin Electrique, Rencontres d’Arles 2005.