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26 août 2009

Laurence Leblanc, Seul l’air

Chez Laurence Leblanc, l’acte photographique se construit par imprégnation progressive du sujet et de son environnement, et l’épreuve qui en résulte est à son tour le fruit d’une élaboration minutieusement construite. Extrêmement attentive à la violence du monde et au chaos des destins, elle dépouille son regard de toute curiosité documentaire, qu’elle sait traiter par d’autres, pour se concentrer sur ce qui ne se voit pas : le mutisme d’une douleur ancienne, la texture d’un regard absent.

Seul l’air, titre inspiré par référence au fameux poème de Pablo Neruda, est une traversée intime de l’Afrique, notamment de la Somalie, du Congo et du Niger, mais aussi de Cuba, du Brésil et de Madagascar. On y découvre, comme revisitées, certaines plaies du non-développement et de l’indifférence – «Que peut faire un pays qui mange, se lave, aime dans ses poubelles ? » écrit-elle à propos de Freetown où elle accompagne les missions d’Action contre la faim – et aussi, par le truchement d’une maîtrise complexe de la lumière et de la couleur, des instants fugitifs, des portraits suggérés, qui déchirent les représentations conventionnelles des visages rencontrés et des lieux traversés. « En acceptant a subjectivité de tout regard, on échappe à la prétention prométhéenne de restituer le réel », note à propos de ce travail l’écrivain Simon Njami dans son introduction à l’ouvrage. Ni métaphore ni abstraction, l’Afrique de Laurence Leblanc est une tentative aboutie de translation visuelle d’une perception qui toujours s’échappe mais pourtant persiste.

B.R.



Laurence Leblanc est membre de l’Agence Vu’ et de la galerie Vu’. 

Exposition organisée par Le Méjan.

Exposition présentée au Magasin Electrique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2009.