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31 août 2007

Le studio Zuber, Rencontres d’Arles 2007

Le « Studio Zuber » est tout à la fois un des plus éclatants témoignages du renouveau photographique de l’entre-deux-guerres en France et une aventure humaine des plus émouvante. Le « Studio Zuber » n’est pas une entité juridique ou commerciale, mais plutôt un espace, un lieu de rencontres, celui du laboratoire qu’occupe René Zuber dans les locaux de l’agence Damour, dont il dirige, parallèlement à sa propre activité, le service photographique. Dès 1931 se constitue un groupe animé par des aspirations profession­nelles et des affinités personnelles très fortes : le « Studio Zuber » apparaît comme un collectif de photographes, partageant une vision de la photographie, mais ne reniant jamais leur sensibilité ni leur indépendance. Une subtile alchimie lie ses membres, aux parcours tous différents : Pierre Boucher, diplômé des Arts appliqués explore les liens entre graphisme et photographie ; Émeric Feher, électricien-éclairagiste puis tireur dans l’atelier Deberny-Peignot, réalise ses premiers clichés en 1931 et devient salarié dès 1933 du studio de René Zuber ; Denise Bellon et Pierre Verger apprennent la photographie aux côtés de Pierre Boucher et font de façon fulgurante montre de leurs talents.


Au-delà d’une pratique photographique commune, le groupe a tissé de réels liens d’amitié. Amateurs de sports et de camping, ces jeunes photographes partagent leurs loisirs et, tour à tour modèles et auteurs, croisent leurs regards et transforment leur propre vie et celle de leur famille et de leurs amis en un terrain d’expérimentations photographiques. Les images alors réalisées ne restent pas dans la sphère privée et sont aussitôt reproduites, notamment dans les magazines Vu, Voilà, Regards ou Paris Maga­zine. Pierre Boucher va jusqu’à utiliser ses photographies prises de leur ami Robert Pontabry pour les inclure dans des compositions publicitaires. Cette démarche collective est un des traits les plus étonnants du « Studio Zuber ».

Débordant d’énergie créatrice, le « Studio Zuber » se consacre essen­tielle­ment à la photographie publicitaire et au reportage. La publicité assure aux photographes une base économique essentielle et leur permet d’imposer leur esthétique et de développer leurs recherches formelles. La revue Arts et métiers graphiques salue à maintes reprises la qualité novatrice de ces travaux exécutés pour des firmes presti­gieuses, notamment Hotchkiss, Peugeot, ou la Maison de Blanc. Client majeur, les laboratoires pharmaceutiques du docteur Debat passent commande non seulement de photographies à la gloire de leurs produits, mais aussi de reportages destinés à illustrer leur luxueuse revue Art et médecine : en quelques années, plus de 300 clichés des membres du groupe y paraissent.


Leurs images sont alors abondamment reproduites dans l’ensemble de la presse illustrée, qui connaît dans les années 1930 un succès considérable et assure aux photographes de nouveaux débouchés. La néces­sité d’assurer une meilleure diffusion de leur production, sans renier leur autonomie, conduit les membres du « Studio Zuber » à créer en 1934 avec Maria Eisner « Alliance Photo », la première agence coo­pérative de photographes et modèle de « Magnum » après guerre. La liberté d’action ainsi acquise leur permet de parcourir le monde et de développer leurs propres recherches. En 1934, René Zuber fonde avec Roger Leenhardt les « Films du Compas » et réalise son premier documentaire, « En Crète sans les dieux », tout en poursuivant ses reportages photographiques en marge des tournages ; Émeric Feher ouvre son propre studio de photographie publicitaire en 1936 et sa participation à de nombreuses expositions, à Paris et à l’étranger, atteste de sa notoriété croissante ; Pierre Boucher poursuit ses recherches graphiques et explore toutes les possibilités du médium ; Denise Bellon livre de ses voyages en Albanie, en Finlande ou en Afrique des reportages saisissants publiés par Match ; Pierre Verger parcourt l’Afrique, l’Asie et l’Océanie et s’affirme comme un des maîtres de la photographie ethnographique.

Commissaires : Hervé Degand & Isabelle Cécile Le Mée.



Exposition produite par le Centre des monuments nationaux.

Exposition présentée à l’Abbaye de Montmajour, Rencontres d’Arles 2007.