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10 août 2008

L’image de mode en mouvement : histoire de la vidéo de mode

 La nécessité de la vidéo de mode s’est imposée au fur et à mesure de l’évolution des mises en scène des défilés eux-mêmes. Elle est un outil de diffusion et de vente des modèles proposés lors d’une nouvelle collection avant même d’être la captation souvenir d’un spectacle éphémère. Elle est, au même titre que la photographie de défilé, une image (en mouvement) qui sert de documentation de travail aux journalistes, aux acheteurs et aux clientes éventuelles lorsqu’il s’agit de haute couture. Peu de créateurs et de couturiers ont souhaité donner un supplément d’écriture aux vidéos qui accompagnent et font revivre le temps de plus en plus court du défilé. Beaucoup n’y ont vu que le témoin en mouvement capable de restituer le spectacle bref et parfois chargé d’émotions qu’est le show saisonnier. Aussi la vidéo de mode reste, dans bien des cas, réalisée sur un modèle toujours identique, frontal et linéaire, selon un scénario invariable où un mannequin succède à l’autre.

Si la vidéo de mode n’est pas l’équivalent du vidéo-clip en musique, elle est toutefois un outil dont ne sauraient se passer les créateurs. Moins statique que la photographie, elle permet d’observer le vêtement dans sa réalité corporelle et restitue l’importance de la musique qui n’est pas moindre dans l’atmosphère générale. Elle accompagnera le journaliste ou l’acheteur autant de fois qu’il le souhaite alors que le défilé n’aura de réalité qu’une seule fois. La vidéo de mode tend à privilégier la lecture et l’observation du vêtement. L’image elle-même ne devient support de création que dans de rares exemples isolés.

Avant les années 1960, il est peu de fictions qui ne soient intégrées à la présentation d’une collection. Certains comptes rendus de défilés diffusés dans le cadre de journaux télévisés témoignent du goût du moment, peu d’entre eux s’appuient sur le vêtement en mouvement pour imaginer un scénario nouveau au service du film.

La Mode Rêvée de Marcel L’Herbier (1938) est un film court, atypique au service des dernières modes. Le réalisateur a imaginé une fiction dont le musée du Louvre est le décor. Les mannequins de l’époque sortent une à une des toiles de grands maîtres. La Mode Rêvée est un songe qui rompt avec la banalité des présentations de mode et associe les talents conjugués des couturiers et du réalisateur dans un film de commande qui pourrait bien être le premier à introduire la fiction dans un genre naissant.

Dans les années 1940 et 1950, très ponctuellement, certains journaux télévisés, pour rendre plus distrayantes les collections récentes présentées dans les salons des maisons de couture, imaginent des histoires et des fantaisies de courte durée dont la spontanéité et la fraîcheur font sourire. Il faut attendre les années 1960 pour voir s’accélérer un genre au service de la mode et de l’image. Célèbres et inégalées, les émissions de télévision française Dim Dam Dom, entre 1965 et 1971, sont de véritables bancs d’essai pour des nouveaux réalisateurs comme Jean-Christophe Averti, Peter Knapp, ou Just Jaeckin, plus connu pour ses films érotiques. Ces émissions, proposées par Daisy de Galard, servent aussi d’exercices pour des grands noms de la photographie de mode comme David Bailey, Jeanloup Sieff ou Jean-François Jonvelle qui sont invités à manipuler le langage de la caméra. Tous ensemble, ils inventent un vocabulaire nouveau pour une image en mouvement qui n’est plus uniquement celle d’un mannequin sur un podium. Épisodes, fictions, reportages expriment la mode du moment, propulsée sur fond de vaste démocratisation vestimentaire.

Dans les années 1980, les tentatives pour habiller la vidéo de créations sont individuelles et isolées, mais suffisamment fortes pour être citées. William Klein livre un film rare où la mode sert d’inspiration, Mode in France, en 1985. Jean-Luc Godard réalise en 1988 un essai filmé pour les créateurs Marithé & François Girbaud : On s’est tous défilé, 1988. Jean Paul Gaultier est à l’origine de clips de mode, nombreux, sorte de condensé de l’esprit d’une collection de prêt-à-porter, qui sont réalisés et diffusés pour Télélibération. À partir des années 1990, on distingue des intentions de créateurs qui ont ponctuellement joué de la vidéo comme il en va d’un nouveau médium d’expression. Celles de Martin Margiela se différencient du contexte du défilé dans lequel la collection a été présentée à l’origine. Le créateur belge pose un regard poétique, urbain sur une déambulation vestimentaire et oublie le seul podium de défilé comme unique surface de présentation et de reflet. Tournées dans la rue ou conçues sur le modèle d’une méthode aux vertus pédagogiques, elles accompagnent la collection du moment, sans la répéter textuellement. D’autres créateurs, comme Jean Colonna, Corinne Cobson, Helmut Lang, Marc Jacobs ou Charles Anastase ont parfois initié un nouveau regard et une nouvelle lecture de la vidéo qui peut parfois se substituer au défilé lui-même D’autres encore comme Nicolas Ghesquière chez Balenciaga, Viktor & Rolf ou Hussein Chalayan, soucieux de respecter l’image globale d’une maison de mode, se sont efforcés d’édifier un vocabulaire fixe adapté à la vidéo. Séraphin Ducellier a développé ainsi un ton factuel pour la réalisation des vidéos de la Maison Balenciaga qui va de pair avec l’attention que le créateur souhaite porter au vêtement. Pour d’autres noms comme Yves Saint Laurent, il s’emploie à penser le film de mode autant que le support de diffusion qui l’accueillera et renouvelle la vision imperturbable du défilé de mode au schéma classique.

Grâce au partenariat unique de l’Ina et des Rencontres d’Arles, l’histoire de la vidéo de mode est la première exposition à caractère rétrospectif organisée à ce jour. Elle n’entend pas retenir l’ensemble des vidéos réalisées après chaque défilé. Leur nombre serait irraisonnable. Seuls les auteurs, les réalisateurs ou les créateurs qui ont usé d’un complément artistique de manière que contenu et support soient tous deux un sujet de création ont été retenus, afin de construire cette histoire singulière, jamais racontée de l’image de mode en mouvements.


Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.



Exposition réalisée en partenariat avec l’Institut national de l’audiovisuel (Ina). Dès 1942 la presse filmée, diffusée dans les salles de cinéma, proposait des sujets sur la mode en contrepoint de l’actualité de guerre. Les Actualités Françaises traiteront de mode jusqu’à la fin des années 1960 lorsqu’elles seront concurrencées par la télévision implantée dans les foyers français. Différents magazines de société prendront le relais dont Dim Dam Dom, le plus mémorable. Banc d’essai pour des cinéastes débutants, mélangeant les techniques de réalisation, il rendait compte de la mode et des modes avec insolence et humour.

Projections présentées à l’Espace Van Gogh, Rencontres d’Arles 2008.