logo
fr en
close post
16 juillet 2003

Lin TianMiao et Wang GongXin à Arles

Mari et femme basés à Pékin, Wang Gongxin et Lin Tianmiao poursuivent séparément leurs carrières individuelles d’artistes. A la suite d’une collaboration particulièrement féconde (une énorme installation multi-costumes intégrant 6 écrans vidéo) dans le cadre de Urban Creation, la Biennale de Shanghai (22 novembre 2002 – mi-janvier 2003), ils ont cédé à la tentation d’investir ensemble un grand espace d’exposition. En regroupant donc pour la première fois leurs œuvres majeures, les Rencontres d’Arles proposent un regard révélateur sur les thèmes partagés de ce couple.

Ainsi sont présentées pour la première fois des images fixes en noir et blanc, tirées de la série vidéo Ici ? Ou là-bas ? Des danseurs dont les costumes éthérés ont été créés par les deux artistes évoluent comme des spectres au sein de paysages et de jardins traditionnels, pour ensuite grimper sur des chantiers de construction contemporains. De manière subliminale, les vidéos sont sans cesse entrecoupées d’images extrêmement brèves de trains et d’autres modes de transport modernes. Foisonnant de personnages habillés de manière hautement élaborée, les photos rendent hommage, tout en la parodiant, à l’élégance quelque peu fantasque du portrait studio traditionnel. Un exercice qui rend passé et futur tout aussi oniriques, irréels, hors d’atteinte…

Dans Focus et Go, œuvres photographiques récentes de Lin Tianmiao, un montage numérique en noir et blanc permet de recréer des « portraits individuels » tirés de prototypes utilisant de multiples visages, ainsi que des « paysages » ruraux idylliques construits selon le même principe. Ces photomontages sont ensuite ornés de broderies. Dans Focus, Tianmiao effectue des tirages grand format sur toile de visages photographiés en gros plan, qu’elle embellit ensuite avec des ajouts de cheveux humains et de matières synthétiques. Dans les deux séries, l’intervention de l’artiste – des tentatives répétées d’atteindre à la perfection – donne lieu à un passage du naturel à un hyperréalisme de plus en plus contre-nature.  

Se servant d’une technique similaire pour Bed Sheet (« Drap de lit »), installation créée pour les Rencontres, Tianmiao imprime une photographie de la silhouette d’un corps humain sur un drap blanc qu’elle brode d’un enchevêtrement de ficelles avant de l’étendre sur un lit tout à fait banal ; il en résulte l’équivalent arlésien du suaire de Turin. 

Wang Gongxin adepte de la vidéo et de la photographie, présente sa vidéo Karaoké et une version pour boîte lumineuse de la même œuvre, utilisant des tirages couleur. On assiste au spectacle de Wang, Tianmiao, leurs amis et leurs voisins en train de tenir une note jusqu’à l’essoufflement, mais filmés comme si la caméra se trouvait dans leur bouche, en même temps que l’image des autres chanteurs paraît sur les dents étincelantes. Il s’agit donc d’une parodie saugrenue du chant karaoké, sous forme d’un gros plan très poussé de la langue et des dents du chanteur.   

Tournée subrepticement dans les parcs de Pékin, la vidéo Mythe du pouvoir montre des gens censés être en train d’exécuter leurs exercices matinaux. La gamme des gestes – martèlements et étirements de sa propre chair et de celle d’autrui – montre cette pratique traditionnelle de méditation et d’exercice physique sous une lumière déconcertante, révélatrice de particularités personnelles, de rituels bizarres et de superstitions.  

Commissaire de l’exposition: Meg Maggio.


Exposition présentée à l’église des Frères-Prêcheurs, Rencontres d’Arles 2003.