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16 juillet 2003

Liu Zheng à Arles

Âgé de 37 ans, le photographe indépendant Liu Zheng, qui vit à Pékin, vient de mener à terme un projet épique intitulé Les Chinois. Comprenant plus de 180 images noir et blanc de format carré, la série a pour sujet des blessés, des morts ou des mourants, des handicapés, des pauvres issus de milieux urbains ou ruraux, le sexe et l’industrie du sexe, les détenus, les cultes, des mannequins de cire et des tableaux historiques. 

Avant d’opter pour une carrière d’artiste, Liu gagnait sa vie comme photojournaliste au Quotidien des Travailleurs, journal à grand tirage, où il couvrait accidents, catastrophes, décès et tout le cortège des drames personnels – thèmes qu’il exploite d’ailleurs encore.      

Certes, sa vision de la Chine continentale d’aujourd’hui constitue une caricature sombre de la culture traditionnelle. Si ses images ne sont pas toutes peu avantageuses, il ne se préoccupe pas pour autant de la beauté conventionnelle, mais cherche plutôt à saisir ses compatriotes sous le jour d’archétypes, dans des situations inattendues ou extrêmes. Il s’agit en l’occurrence de montrer des moments où, confrontée à des besoins humains nettement plus primaires, la campagne nationale de « modernisation » et d' »internationalisation » se révèle caduque.  

Sorte d’anthropologue rebelle parti à la recherche de la « vraie » Chine, Liu pratique une subjectivité révélant ce qui était autrefois tabou. Il en résulte des images d’un humour grinçant, même si ces « plaisanteries » photographiques renvoient plus souvent à un conditionnement historico-culturel qu’à quelque excentricité de la part de ses sujets. Relativement peu attiré par leur psychologie, il préfère capter le formatage culturel qui donne lieu chez eux à des réactions identiques dans des situations précises. Images peu flatteuses, donc, mais qui expriment de manière franche et honnête son positionnement philosophique par rapport à ses compatriotes.  

La sélection qui sera montrée à Arles comprend 12 images tirées des Chinois : boîtes de strip-tease à la campagne, bars de travestis, sujets d’opérations de changement de sexe, scènes nocturnes d’un univers sexuel mouvementé… Autrefois censurées comme thèmes artistiques, la sexualité et la nudité sont désormais répandues dans le travail des artistes d’avant-garde en Chine, mais pour Liu la question reste épineuse : l’approche de la sexualité, d’après lui, met trop souvent l’accent sur la répression. Malgré (ou grâce à) ces tabous persistants, il réussit à explorer dans son travail de nombreux aspects de la sexualité et de la nudité.  


Commissaire de l’exposition: Meg Maggio



Exposition présentée au Magasin Electrique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2003.