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10 août 2008

Look Books et catalogues de collection : les usages confidentiels et professionnels de la photographie dans la mode

Le lecteur et le grand public ne connaissent de la photographie de mode que l’usage que les magazines spécialisés en font, aux termes de commandes auprès des plus grands noms, qui constituent son histoire stylistique. Les photographies de défilés, comme la vidéo, qui résultent d’une collection sont ignorées ou même méprisées et ne bénéficient pas des mêmes supports ou d’identiques pages consacrées.



Certains autres documents, comme les look books et les catalogues de collections demeurent inconnus auprès d’un même public. Édités en série limité, les look books ont une fonction professionnelle. Ils sont un compte rendu en images de chacune des silhouettes qui ont composé le défilé et auquel le journaliste et l’acheteur peuvent se référer. Sous forme de dépliant, du plus simple au plus savant, ils reflètent néanmoins, dans la maquette et la mise en page, la direction artistique dictée par la maison. Sa durée de vie est équivalente à celle de la collection, c’est-à-dire une saison. Le catalogue de collection conduit vers plus de raffinement. Il n’entend pas assurer ce rôle d’inventaire des références comme son prédécesseur. Il est l’occasion et le prétexte de mettre en scène les vêtements derniers-nés, sous l’objectif d’un photographe choisi. En cela, il s’apparente aux photographies de magazine. Seul le support diffère car il s’agit parfois de publications rares, raffinées et luxueuses distribuées avec parcimonie aux clientes privilégiées et aux journalistes.


Passé maître dans ce langage qu’il a lui-même initié dans les années 1980 avec l’aide du directeur artistique Marc Ascoli, Yohji Yamamoto a porté un soin tout particulier à l’édition des catalogues de ses collections. Réalisés par Nick Knight, David Sims ou Paolo Roversi puis par Inez van Lamsweerde, l’ensemble des catalogues montrent à quel point vêtements et images de vêtements peuvent se conjuguer avec élégance sans s’imposer l’un à l’autre.


Sans être systématiques dans leur périodicité, les catalogues de Comme des Garçons ne sont pas moins radicaux et essentiels. Le magazine Six que Rei Kawakubo publie dans les années 1980 vient soutenir les collections du moment. Pour autant, les vêtements sont souvent absents des photographies censées le servir, privilégiant une philosophie esthétique au profit du sujet. C’est la même démarche qu’elle soutient lorsqu’elle édite, pour chacun de ses points de vente, des documents d’une qualité rare qui annoncent le thème et l’humeur de la collection à venir par un choix d’images, d’oeuvres en tout genre d’une grande singularité. Ceux de Martin Margiela adoptent un vocabulaire systématique qui n’est pas sans rappeler les photos factuelles des dépôts de modèles du début du XXe siècle ou les constats policiers. Gainés de toile blanche, ils évoquent aussi les techniques d’inventaires propres aux musées traditionnels.


Confidentiels et/ou professionnels, les look books et les catalogues de collections sont un argument essentiel dans la diffusion de l’image du créateur. L’exposition qui leur est consacrée s’appuie également sur les productions de créateurs nouveaux, comme Anne Valérie Hash, Charles Anastase, Bernard Wilhelm issus d’une nouvelle génération.



Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.



Exposition présentée à l’Espace Van Gogh, Rencontres d’Arles 2008.