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22 juillet 2002

Ludovic Vallognes, Non facturé

Faire des photos en utilisant l’image « ratée », et « Non facturé », comme matériau de base. Voilà le pari de Ludovic Vallognes. L’enjeu ? On pourrait le résumer au plaisir de faire vibrer des centaines de clichés. Mais ce serait réducteur. 

La non-facturation impliqué évidemment un prestataire de services: la Fnac. 

La machine Fnac prend des décisions claires et sans équivoque. Par exemple, elle écarte systématiquement les images floues. La photographie « pas nette » est donc automatiquement oblitérée par un petit autocollant portant la mention « Non facturé ». La machine certifie ainsi à l’auteur qu’il s’est bel et bien planté. Notez quel le tirage n’est pas jeté ou détruit. Si le label « Non facturé » retire toute valeur à l’image, il n’en demeure pas moins amovible. Un doute subsiste… 

Il y a là une faille dont Ludovic Vallognes a fait sa règle du jeu première, mais le véritable révélateur a été pour lui la découverte d’images floues publiées dans les médias: celle du débarquement des Marines en Afghanistan, la photo de Ben Laden à l’entraînement, ou encore celle du Concorde en feu juste après son décollage. Lorsque l’image est l’unique témoignage d’un événement, elle peut être sans netteté. Elle est acceptée parce qu’elle apporte une information inédite. C’est elle ou rien. Sa médiocre qualité a pour effet paradoxal d’intensifier son effet de choc sur l’imaginaire.

Dans le travail de Ludovic Vallognes, la question du choix est essentielle, opéré à la prise de vue de manière très intuitive. Il procède par séries. Ses sujets sont les fleurs, les arbres, les toits d’immeubles, les montagnes, les vaches, les nuages, les trajets en train, les images télé … 

Ses séries fonctionnent comme autant de souvenirs collectifs. Elles se perçoivent comme les réminiscences d’une mémoire qui serait celle de tous et de personne en particulier. Les pics enneigés fantomatiques de Ludovic Vallognes peuvent rappeler tous les pics enneigés du globe, et en deviennent l’essence. Ses photographies d’arbres prisent d’une voiture en mouvement peuvent représenter toutes les routes de campagne que chacun de nous a parcourues. 

Coulées dans des plaques de résine, les photos sont glissées sur des rails d’aluminium comme autant de notes sur une portée, de mots sur une ligne. Leur surface est aléatoire, souvent imparfaite, et augmente l’effet de flou initial. Mais elle affirme aussi l’existence des images et leur donnent du corps. Leur alignement sur les rails offre une voie de circulation au regard, les éloigne un peu plus de nous, et cette distance permet paradoxalement de mieux encore nous les approprier, les glisser dans notre imaginaire, notre mémoire. 


Louis Couturier.


Exposition présentée au Magasin d’Entretien, Rencontres d’Arles 2002.