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20 juillet 2010

Marcos López, Encre rouge

«… Où est passé mon faubourg ? Qui a volé ma douleur ? Quel recoin, ma lune inonde-t-elle à présent de sa joie claire ? » *

 

À l’encre rouge, je simule le sang sur le corps des modèles puis, de la même encre, je colorie à la main les copies photographiques. Sang sur sang.
L’idée est de Remarquer. Répéter. Exagérer. Sang fictif, en un pays de «gauchos» carnivores et anthropophages, capables de tuer une vache pour n’en manger qu’un steak, puis de laisser les restes aux charognards. Mon esthé- tique est baroque. Churrigueresque. Mélangée à la vibration phosphorescente des fresques murales psychédéli- ques décorant les murs des cabarets d’Iquitos. Lumière noire. Amazones. Sang, ayahuasca, sueur et larmes.

Je ressens le besoin de parler toujours de la même chose. Sans arrêt. Comme le mannequin d’un ventriloque empastillé. Transiter l’excès sans culpabilité. Écrire et méditer par la respiration en même temps.
Comment trouver le ton, le style, pour dresser le portrait d’un continent peuplé d’amours d’indiennes et de conquérants-centaures, ambitieux et sanguinaires ?


Plus tard et pour comble, leurs filles se marièrent avec des immigrants européens, descendus des bateaux, dé- sorientés, obstinés, obsessifs…
Nos grands parents italiens et espagnols. Ceux qui n’ont pas eu le temps de nous prendre dans leurs bras, de nous raconter des histoires avant de dormir, tellement ils étaient occupés à construire le pays.


«Forgeant un avenir», comme l’on disait autrefois.
Ils ont travaillé dur par vocation, pour alléger la douleur et la mélancolie d’avoir quitté leurs terres.
Et nous voilà : Répétant, et peut être amplifiant les mêmes erreurs, en un melting pot digital, mélange de Wer- ner Herzog, Klaus Kinsky, Tupac Amaru, Alvar Núñez Cabeza de Vaca, Jorge Luís Borges, Evo Morales et Hugo Chávez.
C’est depuis ce lieu, que je conte l’histoire d’un pays et d’un continent.
Le point de vue est celui de mes propres expériences émotionnelles, je transforme l’odeur de la maîtresse de primaire en une chronique socio-politique de l’Amérique Latine.
Je réinvente l’histoire à ma guise. Je documente la réalité par une mise en scène.
Comme le faisait Glauber Rocha dans le sertão du Nordeste brésilien.
Je prends possession de la Pampa humide pour en faire une scène.
Un théâtre.
Je demande aux acteurs de représenter ma propre angoisse.
Une Argentine de carton-pâte. La patrie comme absence. Le vent. Le fleuve, marron, comme le lait maternel. L’encre rouge comme simulacre de la douleur.
Lorsque j’écris et prends des photos, je me transforme en Chamane.
Je dialogue avec mes morts.

Marcos Lopez, Buenos Aires, mars 2010.

* fragment, tango “Tinta Roja” – Paroles de Cátulo Castillo (1941).


Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2010.