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21 août 2012

Marina Gadonneix, Ceci n’est pas un exercice

Le travail de Marina Gadonneix tisse un lien complexe entre documentaire et fiction à travers les photographies de lieux livrés à un abandon provisoire. Dans chacune des séries ici présentées, l’artiste explore ce passage inattendu d’un territoire rugueux à une image fantasmatique, d’une forme d’évidence du réel à sa construction mentale la plus métaphorique.

Landscapes présente une série d’images singulières. Plateaux d’incrustation tantôts bleus ou verts utilisés comme fond neutre pour les effets spéciaux du cinéma et de la télévision. Surfaces monochromes, déclinaison de couleurs saturées. Ces images-écrans à la fois vides et pleines ont pour légendes des évocations de paysages aussi lointains qu’interchangeables, libres de toute interprétation définitive. Et ce n’est pas un hasard si la pièce présentée ici est réalisée en collaboration avec l’artiste Marcelline Delbecq qui s’en est emparé pour écrire Blackout. Entre fiction et réalité, paysages réels et mentaux, visions et dérives. Le texte, sous forme écrite et enregistré, peut lui même s’ajouter ou se soustraire aux images.

La maison qui brûle tous les jours rappelle une fable dont l’histoire, en cendre, ne parviendrait plus jusqu’à nous. Marina Gadonneix a choisi de hanter une maison factice utilisée pour que les pompiers puissent se familiariser avec le feu. Une chambre de fiction, en somme. Le feu a sévi, bientôt il va reprendre. Dans cet interstice, elle recueille ces ruines artificielles. À distance, le spectateur peut supporter le pire. Le pire, dans ce travail, est toujours à venir.

Avec Playground Disorder, l’ordonnancement des images est sensiblement différent. Les lieux ne sont pas anodins, il s’agit de terrains d’entraînement aux catastrophes qui terrorisent notre quotidien ; incendies, avions pris en otage. Images ludiques et pourtant menaçantes. Si quelque chose d’inquiétant se passe, sa cause est néanmoins voilée. On ne distingue qu’une fumée, leitmotiv qui traverse l’ensemble des photographies et face à laquelle on ne peut s’empêcher de voir le feu de détresse d’un monde qui court à sa perte.

 

Amaury da Cunha.

 

Exposition présentée aux Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.